SCÈNE . I
Boabdil, Don Isaac Â'bràvàkee • Caides
Boadil (S* avançant par le fond très lentement accompagné de quelques caïd es, s'arrête de temps à autre regardant tout autour de lui, arrivé devant les troues — avec tristesse à
ceux qui le suivent.)
Que peu de temps leur a suffi pour bouleverser l'œuvre de centaines d'années ! Voyez. (.// indique les fauteuils royaux.) Voici leur trône élevé sur les ruines du mien ! Ah, je puis bien pleurer comme une femme, moi qui n'ai pas su combattre comme un homme, qui n'ai pas su vaincre ! (Se retournant au bruit de la porte de gauche, par laquelle entre Don Isaac.) Qui est cet étranger ?
Don Isaac. (S'avançant vers Boabdil et s' inclinant devant lui.)
Khalife, Isaac Abravanel présente à votre hautesse ses respectueux hommages. '
Boabdil
Abravanel, Nasi (*) des Juifs de Gastille ?
(*) Titre qui signifie « Prince » en hébreu.
Don Isaag
Majesté
Bqabdil
La renommée de votre sagesse est venue jusqu'à moi, comme aussi celle de votre malheur. (Don Jsaac s'incline à
nouveau en signe de reconnaissance) Moi qui vais
nrexiler bientôt vers les sables d'Afrique et qui ai voulu revoir une dernière fois ces lieux qui me sont si chers, je comprends, moi qui souffre, quelle souffrance est la vôtre.
Khalife, votre hautesse peut au moins laisser son peuple sur cette terre, tandis que moi je dois la quitter en conduisant le mien vers des pays où l'attendent de nouvelles
épreuves.
Boabdh,
Hélas, qui sait combien de temps les miens seront laissés ici en repos. Quand j'ai remis ma Capitale à votre Roi je lui avais demandé la promesse de respecter la croyance et les biens de tous mes sujets, Maures aussi bien que Juifs ou Chrétiens convertis à l'Islam. Cette promesse qu'il m'avait faite, qu'il avait signée, il ne l'a pas tenue. Et déjà l'inquisition a commencé contre eux son oeuvre de mort (Se dirigeant vers le fond et apercevant la croix, il s'arrête étendant la main r ers elle.) Ce Dieu est donc bien puissant pour avoir vaincu kk la fois le vôtre et le mien, vaincu nos deux croyances, nos deux races ! (Reprenant sa marche.) Saura-t-il maintenir l'éclat de cet Empire que nous avions fait plus riche et plus savant, plus fort et plus beau que ceux de Bagdad et de Damas % (Arrivé vers la baie de g auehe et prêt à sortir avec Don Isaac, il se retourne étendant le bras. Avec une profonde tristesse.) Adieu Palais de mes pères ! Adieu pour toujours! Murailles qui furent redoutables comme ma race, souvenirs de tant de splendeur, de tant de gloires, pourquoi ne vous écroulez-vous pas sur moi? - • * . .