PREMIER GROUPE DE JUIFS
Le Rabbin
Gloire à toi Dieu puissant, notre Roi, notre Père, Qui frappes tes enfants dans ton juste courroux.
(*; Voir musique à la fin.
Le peuple en choeur
Vois, nous courbons nos fronts sous ta sainte colère, Père aie pitié de nous !
Le Rabbin
Gloire à toi Jéhovah ! 0 Maître de la terre. Ecoute les sanglots de ton peuple à genoux î
Le peuple en choeur
Et de nos cœurs meurtris écoute la prière, Père aie pitié de nous !
Cordoero (Tandis que les chants s'arrêtent et que la musique continue en sourdine.)
Oh ! les pauvres gens.
Colomb
Les malheureux !
Carlos
Oh ces vieillards, ces femmes qui pleurent, ces petits enfants !
Colomb
Voici Don Isaac.
Cordoero
Comme il est abattu !
Do\ Isaac {Qui, ne suivant pas la route, entre par la gauche accompagné de ses fils Léon et Joseph et qui s'avance lentement %ans voir Cordoero et ses compagnons cachés à sa vue par le bouquet d'arbres.)
Mes fils c'est aujourd'hui le 9 du mois d'Ab.
Joseph
Le jour néfaste !
Le jour qui, par deux fois, a vu la ruine du temple de
Joseph
Le jour où Babylone nous a traînés en esclavage, où Rome a exterminé un million de nos pères !
Léon
Et qui aujourd'hui aussi voit notre dispersion et la ruine de nos temples.
Joseph
Il semble que Dieu ait marqué ce jour pour être celui de nos châtiments.
Don Isaag
Que sont nos souffrances d'aujourd'hui devant celles d'autrefois ? Ayons du courage mes fils et quittons cette terre la tête haute puisque c'est la volonté de Dieu. (Sê tournant dans la direction de Tolède et après un court silence.) 0, terre d'Espagne, je voudrais te maudire et je ne le puis, mon cœur reste quand même plein de toi !
Colomb
Monsieur de Cordoero, laisserons-nous partir cet homme de bien sans lui serrer la main 1
Cordoero
Non certes, allons. (A Don Carlos.) Je vous le demande en grâce Monseigneur, ne venez pas, ne vous laissez pas voir de lui. 11 ne s'expliquerait pas votre présence ici, il la comprendrait mal ce serait pour lui une souffrance de
plus.
Colomb (Allant vers Don Isaac avec Cordoero .)
Cordoero (Voyant un geste dètonnement de Don Isaac.)
Oh ne craignez rien, nous ne sommes pas envoyés vers vous pour vous demander une fois de plus le sacrifice de vos croyances, nous venons simplement en amis.
Don ïsaag {Leur donnant la main.) Merci merci.
Colomb
Nous avons voulu vous dire notre respect, notre sympathie vous dire adieu.
Cordoero
Peut-être au revoir.
Au revoir, hélas ! je ne puis pas l'espérer.
Cordoero
Pourtant, les Hébreux ont été exilés d'autres pays et ils y sont revenus.
C'est vrai, mais ici nos ennemis sont trop puissants, trop acharnés.
Cordoero
A moins que quelque jour un de nos Rois ne vous rappelle pour le triomphe de la Justice et pour le bien du pays.
L'Eternel décidera (Après une courte pause.) Et vous, Christophe Colomb ?
Colomb
Je compte partir demain, je dois m 'embarquer à Palos.
Ainsi nous partons tous les deux... le même jour ! Moi proscrit, chargé de mes misères et de celles démon peuple, accablé des malédictions et de la haine de tous, n'ayant rien à attendre que de la pitié de l'étranger, marchant vers l'avenir
le plus noir, le plus effrayant ! Vous, plein de foi en
vous-même, plein d'espoir, allant vers la gloire, accompagné
des souhaits de tous. . . Et c'est la même plume qui a signé nos deux départs !..-.. Dieu veuille Colomb que si vous découvrez quelque nouvelle terre, elle soit hospitalière à Israël et que nos fils puissent un jour y vivre en hommes libres, y prospérer sous le respect de leurs croyances et de leurs droits.