‹ Don IsaacChapitre 3 sur 27 · SCÈNE I · texte numérisé non relu

SCÈNE I

Sarah Abravanel, Don Carlos, Zélika

Sarah. (Assise, se lève avec un mouvement d' impatience r s approche de la fenêtre devant laquelle est Zélika qui regarde? sur la place, puis revient vers le milieu de la scène.) Il m'avait pourtant bien promis qu'il viendrait ce soir,

Zélika

Ah, le voici maîtresse, voici Monseigneur. Je reconnais son page, il descend de cheval, le voici.

Sarah. (Emue, s'avance vers la porte de gauche par laquelle entre Don Carlos et lui ouvre les bras. Les deux amants se tiennent un instant embrassés , puis elle se dégage.)

Vous venez si tard ! Mon père va rentrer.

Carlos

Il faut comprendre Sarah

Sarah Et vous lui avez parlé?

Carlos

Le Roi mon oncle n'est pas encore retourné de Grenade. 11 ne doit arriver que demain avec la Reine. J'ai entendu dire au Palais qu un Conseil de tous les Grands du Royaume est convoqué ces jours-ci pour discuter des questions graves, très graves, parait-il. Le Duc de Médina Sidonia et le Grand Inquisiteur sont toujours ensemble en conciliabule. Je ne sais pas ce dont il s'agit, mais ils se disaient qu il y va de l'existence même du Royaume.

Sarah

Et alors ?

Carlos

Alors puisqu'il sera ici je demanderai à le voir, à lui parler.

{Sarah s'assied, tandis que Don Carlos se tient devant elle.) J'irai implorer la Reine qui a toujours été si bienveillante pour moi. Je lui dirai tout ce que j'ai dans le cœur, je lui dirai que je vous aime, (il met un genou devant elle)

que je vous adore que vous êtes si belle.

Elle me comprendra.

Sarah

Et si elle refusait ?

Carlos (Se levant.) Et pourquoi refuserait-elle1?

Sarah

Vous êtes Grand de Castille, vous êtes Prince.

Carlos

La Grandesse me donne des droits et si je puis rester couvert devant mon oncle (retirant son chapeau) je me découvre devant vous. ....... devant vous dont je veux

faire ma femme. Je suis Prince, mais mes cousins me ferment l'accès au trône et l'on ne peut invoquer une raison d'Etat pour me faire épouser quelque Princesse de Navarre ou de France.

Sarah (Se levait t.) Mais moi je ne suis pas de votre rang.

Carlos

Vous êtes digne de moi et des miens, puisque vous aussi vous êtes de sang royal, Don Abravanel votre père nedescend-il pas de votre plus grand Roi David ? Vous voyez, bien

Satuh

Et puis n'oublions-nous pas que je suis. que

je suis Juive?

Carlos

Eh bien, l'Eglise, notre Sainte-Mère, ne reçoit-elle pas tous ceux qui viennent à elle? Hier encore, le confesseur de la Reine, Monseigneur de Talavera, me disait que dans ces quelques jours trente-deux fils d'Israël avaient été baptisés par lui. A vous aussi il donnera le baptême et il le donnera avec joie. La Reine sera votre marraine si je le lui demande.

Sarah

Et moi si je demande à mon père la permission d'être chrétienne, me l'accordera-t-il? (avec un geste décourage) me la donnera-t-il? Par cela même qu'il est descendant de David pourra-t-il consentir à me voir abandonner la religion qui est celle de notre famille depuis tant de siècles?

Carlos

Il est conseiller du Roi, Ministre du Royaume . J'obtiendrai de la Reine qu'elle le lui demande.

Sarah (Se tournant vers la fenêtre.)

Zélika, l'heure approche où mon père *doit rentrer,, prends garde qu'il ne nous surprenne ici.

Carlos

Votre père vous aime, il ne veut que votre bonheur sans doute, et ce bonheur il me semble que je pourrai tant vous le donner.

Sarah

Et s'il allait me le défendre, me renier, me maudire! (Elle cache son visage dans ses mains).

Carlos (S* approchant plus près d'elle, lui prenant la main et la portant à ses lèvres).

Ayons du courage ma Sarah, et si votre Dieu est aussi bon que le mien, il nous protégera.

Zélika. (D'une voix rapide)

Maîtresse, voici le Maître qui revient du temple, il est temps

Carlos

Au revoir ma bien-aimée, à bientôt

(// la tient un instant dam ses bras, puis sort rapidement par la porte de droite)

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