ACTE 11, SCENE II
faible et un peu plus mvope que les autres. Je la séduirais, s'il le faut jamais. Pour l'instant, fuvons-en la seule idée.
PERDRIGO
Vous avez toujours fui les vieilles femmes. Mais les vieilles femmes poursuivent parfois fort opiniâtrement les jeunes gens. Enfin, monsieur, pourquoi m'avoir fait jouer ce vilain rôle? Pour un instant de plaisir que j'ai recueilli de cette soubrette, j'ai la conscience chargée pour toute la vie.
La conscience chargée pour ce méchant billet? Est-il vrai que le Cardinal désirait avoir sa nièce près de lui, demain jour du Seigneur ?
PERDRIGO
Oui monsieur.
Qii'il avait remis à Graziella, ta petite amie, un mot de sa main à l'abbcsse de Ségovie ?
53 DONJUANDARMANA
PERDRIGO
Oui monsieur.
DON J U A N
Que ce mot dit simplement : « Vous confierez ma nièce à la personne que je vous adresse et qui vous remettra cette lettre. » Est-ce écrit ?
PERDRIGO
C'est écrit.
Que grâce à cette tournure de phrase, en apparence si indifférente, à laquelle le Cardinal n'aura pas pris garde, et que le génie du vice, qui est en moi, a rendue grosse de conséquences; grâce aussi à cette lettre que Graziella est censée avoir égarée,... entre tes mains, nous allons pouvoir enlever dona Clara. Ainsi les choses les plus insignifiantes donnent la clef des plus grandes.
PERDRIGO
Hélas ! hélas! Ah ! Monsieur!...
ACTEIIjSCtNEII 5}
Eh bien, tu as été heureux avec Graziella. Elle a été complaisante pour toi. Je serai heureux à mon tour avec dona Clara et ta soubrette ne sera pas même compromise : car le Cardinal aura sa nièce demain, comme il le souhaitait. Sur l'honneur, je la lui rendrai demain. D'ailleurs, je ne suis pas si coupable qu'il te semble. Avant d'entrer au couvent, la petite novice répondait assez tendrement à mes oeillades, et je suis bien sûr que, depuis, plus d'une de ses nuits solitaires lui a laissé entrevoir sous mes traits l'image enflammée d'un amant paré de toutes les séductions dont se plaît à nous doter une imagination de jeune fille.
Allons : je n'ai plus que quelques heures à moi. L'occasion est unique et chaque moment perdu est un vol fait à la volupté. — Entre hardiment et remets la lettre du Cardinal à l'abbesse. Ton courage ira bien jusque-là. — Si quelque défiance s'éveillait en elle, tu lui offrirais de t'accompagner. 11 )• a beaucoup de chances pour
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que cette proposition rassure les doutes qu'elle pourrait concevoir et lui fasse préférer son lit à cette course nocturne. Tu ajouteras que les gens du Cardinal t'attendent à la porte. Je demeure tout exprès à cette place où la lumière de cette nuit étoilée fait de mon ombre un compagnon qui donnera confiance à la vieille femme, geôlière de vertus, fil rit.)
Rappelle-toi ce qui est convenu. Si l'abbesse s'avisait d'accompagner elle-même dona Clara ou de la faire accompagner, tu ferais d'elle ou de la compagnie ton affaire. Je t'aiderai de mon mieux. Mais je n'aurai qu'un bras : car de celui-ci (Il monirc le bras gauche) je Saisirai et étreindrai sur mon cœur le fruit à la fois amer et délicieux de mon crime. Fais vite.
(Il pousse sur lu porte Perdrigo qui sonne rèsoliivient. — On entend un bruit de pas. — La tourière parait.)