ACTE11,SCENE1V
LA SOEUR TOURIÈRE
Je vais vous ouvrir.
PERDRIGO
Ouf!
DON J U A N , .i pdit.
Enfin !
(Perdrigo cuire. — La porte se referme.)
DON JUAN, seul.
Cette place est bien celle où je dois demeurer. Voici mon ombre plus grande que moi, plus mobile et plus insaisissable, plus heureuse peut-être ! reflet inconscient d'une autre ombre plus vivante et plus malfaisante. Malfaisante, pourquoi ? quel
est l'animal, fait de chair et de sang, qui n'en sacrifie pas d'autres à ses besoins et à ses plaisirs? Une femme est un être charmant et mille fois plus intéressant que les innocents animaux que nous détruisons et martyrisons chaque jour. Mais le tort que je lui fais balance-t-il celui que les hommes font, à toute heure, à leurs semblables et au reste de la nature ? Comme le chasseur je vis de ma chasse. Que chacun en fasse autant.
Jouissance délicieuse : poursuivre ce tendre gibier, le réduire à merci, l'épargner pour le mieux sacrifier, tour à tour et chaque jour ; et trouver à cet ouvrage un goût toujours rajeuni. N'être le même avec aucune de ces adorables créatures dont je suis le maître et l'esclave : orgueil et châtiment ! Voir en elles une variété inépuisable de beautés et de caractères, laisser s'écouler ma vie à travers ces formes sublimes où la nature me semble l'infini, comme un fleuve courant à travers les sables va se perdre aux océans, puis se retrouver, se reprendre pour se donner encore dans une espérance toujours re-