‹ Don Juan d'Armana, drame en quatre actesChapitre 22 sur 59 · ACTE 11 , SCtNE I V S · texte numérisé non relu

ACTE 11 , SCtNE I V S

naissante, se sentir vivant et combattant dans les cœurs, emplir de soi les rêves des jeunes filles, jeter les maris en pâture aux murènes de la jalousie, entendre mille bouches adorer et maudire son nom, être plus fort que le devoir, que la vertu, que la justice et n'avoir qu'à paraître pour imposer sa loi, échanger ainsi un empire contre rien : car je n'ai que ma vie contre tant de choses éternelles, quel autre homme que don'Juan se peut flatter de telles jouissances; une seule d'entre elles balance toute une existence,

(Il pirfe rorcillc du côté du jardin )

Comme ils tardent à venir! L'abbesse prend son temps. Elle se défie peut-être ! Cependant la prudence la plus extrême peut être mise en défaut par la moindre défaillance de sa rigueur. Il n'est si bonne sentinelle qui, à l'aube, ne s'endorme.

Que je suis impatient de revoir cette dona Clara avec ses beaux yeux pleins de retenue et de curiosité, sa bouche faite pour la tendresse, ses airs de vierge qui demande à ne l'être plus longtemps. Rien

de plus passionnant que ces fillettes chez qui palpite le désir et la crainte de connaître. Qu'elle doit être charmante sous sa cornette de religieuse ! Ceci me fait rêver. J'ai séduit des femmes de toute condition et de tout âge, je les ai disputées à des maris imbéciles, à des mères trop négligentes, à des pères trop sévères, à l'ennui, à la faiblesse, à l'ignorance, au hazard toujours sans direction qui allait les éloigner de moi. Mais séduire une religieuse, disputer à Dieu une âme qui se donnait à lui, mettre cette enfant entre ce Dieu si puissant et moi si audacieux; et l'emporter sur lui ! Après cela qu'est-ce qui sera impossible à don Juan !

(Il prête l'oreille. — On entend un hruit de pas se rapprochant.)

O mon âme, contiens-toi. Le monde t'appartient : N'appartiens à personne et que le secret de ton orgueil ne s'évapore pas dans le plaisir.

ACTEII, SCÈNE V 6l

SCÈU^E V

L'Abbesse de Sécovie. — PERDRIGO. — DONA CLARA. — La tourière.

L'ahbcsse accompagnée de la tourière. — Puis Perdrigo et Doua Clara arrivant ensemble à la porte du couvent.

l'a BB ESSE, à la Tourière-

Ouvrez, puisque c'est l'ordre du cardinal. C'est un singulier caprice de Son

Éminence. (La tourière ouvre.) — (A Doua Clara.)

Chère enfant, venez encore que je vous embrasse. Vous ferez mes commissions à votre très saint oncle.

DONA CLARA

Je n'y manquerai pas, ma Mère.

Je ne sais ce qui me retient de vous accompagner.

PERDRIGO

II est si tard et ce serait si inutile Cependant, ma très digne Mère, nous serions rrcs honorés de votre compagnie...

l'a BB ESSE, jpen-cv.mt don Juan wurne de do< J il porte et qui n\i pas bougé.

Voici, sans doute, quelqu'autre desgens du Cardinal qui vous attend.

PERDRIGO

Précisément. La senora sera sous bonne escorte. Le carrosse de Son Eminence trop large pour le chemin, attend à quelques pas d'ici.

l'abbesse 11 suffit. Tout est bien et me voilà rassurée. (A Doua Clara.) Chère petite, n'oubliez pas mes recommandations.

DON'A CLARA

Ma Mère, je ne les oublierai pas.

l'abbesse Au revoir, ma fille.

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