PREMIER TABLEAU
Une place publique à Sévilli
SCÈ^E l PERDRIGO. — DON JUAN.
PERDRIGO
Je vous le disais bien, c'est une mauvaise idée d'être revenu dans votre ville natale.
Quelque mobile que soit notre âme, une heure sonne dans la vie où le désir de
Io8 DON JUAN d' ARM AN A
revoir le lieu de sa naissance et de se retrouver au milieu des objets qui nous ont vu grandir, s'élève en nous irrésistible. Le désir, maître de mon âme, me ramène à Séville. Ce caprice en vaut bien un autre.
PERDRIGO
Vous a\ cz beau dire, j'ai mauvaise opinion de ce pavs.
Quelle fête plus charmante que celle de ces riants souvenirs de ma jeunesse ? Toutes les bacchantes de la fable dansant autour de moi ne m'entraîneraient pas d'une course plus folle, ni plus gaie que cette légion mvstérieuse du passé où se pressent mes premiers amis, les premières jeunes filles que j'ai aimées en ces lieux encore tout pleins de moi. Je m'aime, Perdrigo, je m'aime ici jusque dans les choses les plus insignifiantes, jusque dans les langes de ma nourrice. Oui, je ne me suis jamais plus aimé qu'en cet instant.
PERDRIGO, a paru
11 a vieilli.