ACTE IV, TABLEAU I, SCÈNE III
LA JEUNE FILLE
Oui monsieur.
PERDRIGO
Elvire Sanzia ! Je me souviens. (A don Juan.) Ah ! monsieur, vous qui cherchez qui vous reconnaîtra, reconnaissez-vous donc dans cette enfant. Ce sont tous vos traits. . . et je jurerais. . .
Tu m'achèves. Il ne me manquait que ce sujet de dégoût contre moi-même !
Suis-je donc fait pour me reproduire ? Me prends-tu pour un animal ? Me crois-tu soumis aux mêmes lois que les autres hommes ? Je n'ai point d'égal, point de semblable, et, moi mort, il ne restera que mon souvenir qui consternera le monde : car personne ne m'aura compris. — ■ Assez de ces insolences. Quand cette poupée serait mon portrait vivant, je ne la reconnaîtrais point pour mon enfant. Sa mère aura rêvé de moi, à me voir passer, et il aura suffi.
PERDRIGO
Qiloi qu'il en soir, voilà un joli rêve qui a dû flatter le mari, A prendre les choses ainsi, il y a peu de maris qui seraient pères de leurs enfants. La vie est incertaine, de la naissance à la mort, et nous ne savons rien. Ah ! si pourtant. Je sais fort bien que nous sommes à Séville et je me persuade à chaque pas que c'est une sottise d'y être venus.
Cherchons le vieux palais des d'Armana à travers ces ruelles, tortueuses comme les pensées d'une femme qui se défend. U me tarde de me replacer au milieu des témoins de ma jeunesse et d'y trouver une revanche à ces sottes rencontres.