ACTE IV, TABLEAU II. SCENE
Ah ! vraiment, monsieur le drôle ! Vous voilà en humeur de confidences. Ainsi vous m'avez épargné quelquefois le soin de mettre mes mérites en concurrence avec les vôtres? Eh bien! mon ami, je ne regrette pas ces combats inégaux... Mais au moins ce n'était pas des Sahële et ta couardise ne risquait pas d'être troublée?
Ah! Monsieur! Moi qui ne crains que pour vous?
Mais que crains-tu donc, animal?
PERDRIGO
Qu'on me tue un si bon maître.
Comment le gai pinson devient-il tout à coup un noir hibou? Ceci n'est point naturel. — Tu me rendrais songeur si je ne me sentais encore plein des forces de l'amour. Il y a longtemps que le duel est engagé entre la mort et moi. Nous nous
connaissons comme deux adversaires dignes l'un de l'autre. Mais jusqu'ici, qu'at-ellc pu, cette puissance cruelle dont tu me menaces? qu'a-t-elle pu contre don Juan, chevalier de l'amour? Chaque victoire de l'amour est une défaite de la mort. Pour vaincre la mort il n'y a qu'à beaucoup aimer. Vois ceux qu'une passion véritable attache à un être adoré? Que peuvent les efforts de la mort pour les arracher à leur amour? — Mais si l'être aimé est frappé, alors il n'y a plus de raison de vivre. O mort imbécile, c'est à nous que tu t'attaques quand tu n'aurais pour nous atteindre qu'à frapper ceux que nous aimons!
PERDRIGO
Voilà qui est fort beau. Mais si vous aviez suivi au tombeau toutes celles que vous croyiez aimer, il y a beau jour que je vous pleurerais. Moi je trouve plus méritoire de survivre à ceux que l'on aime. Cela n'empêche pas de les regretter. Il faut songer à soi, et c'est ce que ne font pas pour nous les femmes que nous aimons le plus. Aussi, monsieur, préparez-vous à