‹ Don Juan d'Armana, drame en quatre actesChapitre 53 sur 59 · ACTE IV. TABLEAU 11, SCENE I · texte numérisé non relu

ACTE IV. TABLEAU 11, SCENE I

quitter la ville au plus tôt et à dérouter ainsi cette furie qui s'acharne à vous poursuivre.

Quitter Séville quand j'y retrouve ma jeunesse, mes amours? Ne te paraît-il pas que je respire mieux depuis que je suis en ces lieux? En vérité je ne me suis jamais trouvé plus aise. Je sens encore dans mes veines le sang d'un jeune guerrier. — • Insensé que j'étais ! ne suis-je donc plus don Juan ? et ne trouverai-je plus un cœur de femme où mirer mon orgueil ? Renoncer aux climats brûlants de l'amour, exiler sous le pôle glacial de l'hyménée ces sens délicats, familiers aux tièdes haleines de la volupté, changer le cours imprévu de cette vie de plaisirs toujours renouvelés ! Allons donc! j'étais fou! Parce qu'une fillette, dans sa grossière naïveté, m'a pris pour un homme d'âge? Depuis quand serais-je devenu si facile à émouvoir? Estce que pour toutes les filles de seize ans, un homme de trente n'est pas un vieillard? Ami, soyons gais, soyons fous, il n'y a de

sage que la folie. Mon désir est une science plus certaine que celle des hommes. Et puisqu'on ne me reconnaît plus à Séville, profitons de l'avantage, et, comme autrefois, courons quelque galante aventure sur les ailes rapides de l'espérance.

Allons ma cape, mon épée. Et aussi cette guitare. Fort bien. — Eh ! eh ! quelle tournure ! qu'en dis-tu ? Et quelle taille, quelle cambrure! Et ce sourire? et ce regard!

Quel feu ! Ah ! Le volcan n'est pas encore éteint et la ville où je suis né va apprendre de nouveau à maudire son enfant. J'en ris bien : — Pauvres fillettes !

(On entend frapper à la porte.)

Mais qui frappe ainsi ?

(Pcrdrigo va ouvrir; une femme voilée entre.)

DON A SAHËLE. — DON JUAN. — Puis PERDRIGO.

PERDRIGO

C'est elle !

(Il se sauve.)

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