‹ Don Juan d'Autriche, ou, La vocationChapitre 3 sur 182 · ACTE I , SCENE II · texte numérisé non relu

ACTE I , SCENE II

piers en route* (H ouvre un portefeuille et en tire quelques lettres qu'il parcourt.) Ah! le billet deSa Majeste don Philippe, qui refuse de me recevoir a Madrid, et m1enjoint de repartir sur-le-champ pour Villa-Garcia de Campos ou, grace au ciel , me voici de retour. (II remet le papier et en prend un autre.) « Derniers conseils d'Ignace de Loyola « a son ami don Quexada , ancien conseiller-in- « time de Tempereur Charles-Quint... »

C'est la lettre que ce saint homme m'ecrivit quelques jours avant sa mort. Aurait-on jamais pense, quand il commandait cette compagnie de miquelets au siege de Pampelune , qu'il serait un jour a la tete d'une compagnie... toute differente , et qui promet de devenir une armee si elle continue a se recruter du meme train qu'aujourd'hui? Oui , c'est bien cela : excellente lettre ! je ne puis me lasser de la relire :

<f II vous est venu un scrupule , mon tres « cher frere , touchant un fils naturel de l'em- « pereur Charles-Quint , le jeune don Juan , « ne a Ratisbonne , le 24 f'evrier 1545 , qui « vous a ete confie des Page le plus tendre , et u qui passe pour vous appartenir. Dans le cas u trop probable , me dites-vous , ou mon eleve

a ne serait pas reconnu par le roi Philippe II , « son frere , malgre la promesse que celui-ci eu

■ a faite devant moiaFempereur Charles-Quint, « aujourd'hui moine au couvent de Saint- Just . a dois-je ou non publier la verite? Distinguons, a je vous prie, distinguons... »

Lorsqu'il f'aisaitsa sixieme, a trente-cinq ans, au college de Montaigu , c'etait deja un ecolier remarquable pour les cas de conscience : il distinguait toujours.

« Si don Juan ne tenait a rien dans le monde,

• ou tenait a peu de chose , je vous dirais : Pari lez , c'est sans inconvenient ; mais il s'agit du c< secret de deux tetes couronnees , et Ton ne a peut pas reveler les fautes des grands sans

• qu'il y ait scandale pour les petits. Conside- (i rez , en outre , que vous courez vous-meme

■ un danger tres grave. J'aurais done un biais « a vous proposer, afin d'accommoder vos de- « voirs avec votre interet , ce serait de consta- « ter la naissance de votre eleve par un acte ,

• qu'il pourrait faire valoir un jour a ses risques a et perils ; mesure qui vous offrirait le double « avantage d'etre tranquille de votre vivant , et (i courageux apres votre mort. »

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