ACTE I, SCENE IV
Raphael, a part.
11 a sou vent un regard qui m'impose.
Et, puisqu'elle y consent, demain je suis heureux.
RAPHAEL
Demain ! mais considerez les obstacles...
J'aime les obstacles.
RAPHAEL
Charmant, charmant ! comme moi a son age !
D^illeurs un mariage secret n'en offre aucun. Au pis-aller, si mon pere le decouvre et me desherite, j'ai mon epee dont tu m'as appris a me servir. C'est assez pour soutenir un nom qu'on ne peut pas m'oter , et pour me creer une fortune que je n'aurai plus. Mon bras a deja fait son devoir, cette nuit , sur je ne sais quelles gens que j'ai rencontres autour de la maison de dona Florinde, et qui ressemblaient fort a d'honnetes espions du saint-office. Je les ai charges victorieusement a coups de plat d'epee et le champ d1honneur m'est reste.
RAPHAEL
Malediction ! prenez-y garde, n'allez pas nous
mettre le grand inquisiteur sur les bras.
Toi qui ne crains rien, as-tu peur de lui?
RAPHAEL
J'aimerais mieux avoir affaire au diable.
Parceque tu n'y crois pas.
RAPHAEL
Si fait, j'y crois ; mais le diable ne briile que les morts et le grand inquisiteur brule les vivans.
C'est une raison. He ! que t'a fait cette lettre dont il ne restera que des lambeaux si tu continues a la froisser de la sorte ?
RAPHAEL
Je n'y songeais plus ; pauvre innocente , elle payait pour vos folies ! C'est Domingo qui l'a glissee sous la porte. (La lui presentant.) En voila une du moins qui arrivera a son adresse sans passer a la visite de don Raymond de Taxis, le grand-maitre des postes, et riiomme le plus curieux du royaume.
11 s'en vengera sur bien d'autres.