ACTE III, SCEXE II
PEBLO.
Comme (Thabitude ; en sa qualite d'ancien marin vous savez quMl crie toujours : la discipline, la discipline!... et il pretend, bien a tort, mais il le pretend.
FRERE ARSENE.
Quoi done?
PEBLO.
Que vous mettez les jeunes moines en rebellion contre les vieux.
FRERE ARSENE.
Moi qui ne cherche qu'a rapprocher les partis '
PEBLO.
Mais e'est comme un f'aitexpres; vous ne les avez pas plus tot accordes , qu'ils ne peuvent plus s'entendre.
FRERE ARSENE.
C'est que la fievre de l'election tourne ici toutes les tetes.
Jusqu'a celle du f'rere Timothee.
FRERE ARSENE.
Un homme si modeste !
PEBLO.
I ii predicateur tout en Dieu . dont la Ggure
150 DON JUAN DWUTRICHE.
ressemble a un sermon sur la charite , et dont les paroles sont plus douces que les bombons des sceurs de la Providence qui l'ont choisi pour directeur.
FRERE ARSENE , a part.
Et avec raison.
PEBLO.
Eh bien ! il s"'est glisse a pas de loup et en perorant tout bas , a la tete d'une bonne vingtaine de suffrages parmi les jeunes moines ; le frere gardien , mon oncle , en commande a peu pres autant parmi les vieux . qu il mene haut la main comme son ancien equipage ; et tous deux ils travaillent a se souffler des voix 5 ils tirent chacun de leur cote tous les electeurs qui sont entre deux ages , et ils s'agacent , et ils se molestent , et ils se detestent : c'est line benediction.
FRERE ARSENE.
Sais-tu pour qui votera le frere Timothee?
PEBLO.
Peut-etre bien pour le pere procureur. qui a des chances , parce qu'il donne a diner au vieux Jeronimo , et a ce gros rejoui de cellerier : ce qui lui fait deux voix.
PRERE ARSENE.
11 est vrai que ce sont les deux estomacs les plus reconnaissans de la communaute.
PEBLO.
Mais je connais quelqu'un pour qui le frere Timothee voterait de preference.
FRERE ARSENE.
Qui done?
PEBLO.
Vous.
FRERE ARSENE.
Est-ce que j'ai des pretentions ?
PEBLO.
Hier il nVa pris sur ses genoux, et , en me donnant des cedrats confits, il nfa dit : (Toussant deux ou trois fois et imitant le ton de frere Timothee.) « Notre venerable pere Arsene , cette lu- « miere de la communaute , que tu as le bon- « heur de voir tous les jours, il jouit d'un grand « credit aupres du roi ; rappeile-moi souvent a • son souvenir ; qu'il ait la bonte infinie de m'ap- <t puyer un peu , et j'aurai l'insigne honneur d<;
pnicher ce careme devant la cour. »
Homme si Dieu etait la plulol qifailleurs !
(A Peblo. ) En reclamant ma protection . il ne t1a rien dit de Charles-Quint?
PEBLO.
Charles-Quint!... je ne le connais pas.
FRERE ARSENE.
(En souriant.) 0 gloire humaine ! ( Tombant assis. ) Haie ! il n'y a de reel que la douleur.
PEBLO.
Ah ! vous voulez dire cet empereur que personne ne voyait , qui est mort ici tout recemment, et dont on fera les funerailles dans trois jours.
FRERE ARSENE.
Oui, dans trois jours; (A part) ils ont au moins rempli mes intentions en accreditant ce bruit qui nVepargnera bien des importunites.
PEBLO.
Lorsqu'il en parle , de votre empereur, il se signerait presque ; il s'incline bien bas pour dire « Jesus , mon Sauveur ! » et plus bas encore quand il dit : « Feu sa majeste . Tempereur et roi !... t>
FRERE ARSENE.
Assez . assez ! ton babil m1amusait d'abord , mais a la longue...