SCENE in
FRERE ARSENE.
II a raison le malicieux petit vaurien : une vie inactive et fastidieuse comme un livre qu'on a trop lu ; et n'etre reveille de son neant que par les piqures de ces insectes du cloitre ! de ce fr&re Pacome '... Ah! quand vous voyez un vieillard impitoyable pour la jeunesse., soyez sur qu1il a ete trop indulgent pour lui-meme.
Peblo s'est plaint derni6rement a sa m6re ties duretes de son oncle : elle est venue me voir dans l'ermitage voisin, se jeter a mes pieds ; elle m'a tout avoue, en me priant d'adoucir l'oncle en faveur du pauvre enfant. Je lui parlerai , je le dois. Fr6re Pacome, il y a seize ans !... Que dis-je ? est-il le seul qui etouffe le cri de la nature par respect humain? et moi , moi !... (En se levant. ) Quel supplice que de n'avoir rien a faire ! le remords a trop de prise sur vous. Heureusement voici le jour ! Mes yeux s1etaient fatigues a cette pale lueur de la lampe, et ils vont se rafraichir en changeant de lumi^re. ( S'approchant dela fenetre, apres avoir eteint sa lampe.) Tranquille vallee de Saint-Just , elle sort des vapeurs..., il me semble quVlle a vieilli comme moi. Que je la trouvais belle , lorsque , la traversant dans toute la pompe de ma gloire , je pris la resolution dV mourir ! Eh bien ! depuis deux jours , n'y suis-je pas mort de mon vivant?... C'est une idee que je veux executer en grand, avant que la nature la prenne avec moi tout-a-fait au serieux : mes funerailles me feront passer une journee , une de ces journees dont les douze heures si vides, si longues, si lentes,