Don Juan de Mañara
Je f offre ce poème écrit dans Vattente de toi : fy avais mis Vangoisse de ma vaine agitation, et^ sans te connaître, l'espoir de ta venue.
La paix que le cloître nous refuse, en ces temps où la Foi est morte, tu me Vas apportée dans tes \jeux clairs, et ma gratitude te donne cette chanson du passé pour te remercier de Vavenir.
PIVEIACE
La figure de don Juan, comme celle de Faust, est une création du monde chrétien, catholique ; elle ne pouvait se produire avant lui, mais tant qu^il existera, cette figure, essentiellement transformahle, pourra, de génération en génération, être reprise, analysée, différemment comprise, et se modifier à rinfini.
Aussi loin que nous remontons vers les origines de ce personnage légendaire, il nous apparaît comme le pécheur hanté du démon de la chair, forcené dans Tassouvissement de son vice, une force en délire et que Dieu châtie au dénouement, mais une force. Son caractère est triple : vice, force, révolte î avec ce total : châtiment.
Tel, ce héros de la chair se manifeste pour la première fois au moyen âge, et vers la fin. Plus haut, nulle trace ne s'en révèle. Ne la cherchons pas; elle est introuvahle, du moins dans les races aryennes.
L'ère du paganisme, qui précéda la nôtre, n'avait point connu ce symbole : elle ne devait pas le connaître. Son essence même le lui interdisait.
Pouvaient-ils inventer ce poème d'une force punie, ceux qui, loin de punir les forces, les divinisaient toutes? L'Olympe est une bibliothèque scientifique, et l'histoire des Olympiens est un cours de sciences naturelles.
Pouvaient-ils concevoir ce poème d'un révolté ({\xe^ l'on châtie, ceux qui célébraient toute manifestation de la puissance humaine, et qui, aux phénomènes du monde, dont on faisait les dieux, opposaient les gestes de l'homme, dont on faisait les demi-dieux?
Pouvaient-ils concevoir ce poème d'un vice damné, ceux qui vénéraient toutes les manifestations de la nature? La Grèce n'a pas plus connu le vice que la révolte. Non pas que l'homme, certes, y fût impeccable et sans souillure : il était homme. Mais je dis que la Grèce n'a pas connu le vice, parce que rien, dans la nature, ne lui apparut comme un vice. La Grèce ne juge pas ; elle constate. Elle ouvre ses yeux sur la vie, et la chante, parce qu'elle aime la vie.
Sous cette pure lumière du ciel hellénique tout se manifestait en pureté. Le peuple heureux savourait les heures de l'existence, et la race s'épanouissait comme un jardin. La terre était féconde, la nuit limpide; les corps étaient beaux, les esprits étaient sains et la joie s'exhalait des choses. Ce fut l'Inde d'Europe, notre Éden.
L'homme y vivait en paix avec ses dieux; en paix armée, peut-être, avec de rapides querelles, des raccommodements, et les rapports étaient ceux d'une sympathie assez égalitaire : nos faiblesses, nos dangers, nos misères, les bienheureux d'Homère les ont connus, et le dieu, plutôt qu'un maître, n'était guère qu'un frère de Thomme, frère aîné, mieux partagé de la fortune,