ACTE PREMIER
DONA DOLORÈS
J'ai honte un peu.
Vous?
DONA DOLORÈS
Il me semble Qu*on va penser du mal en nous sachant ici...
Ne vous gênaient-ils point avec leurs regards?
DONA DOLORÈS
Si, Mais j'ai peur de leurs yeux moins que de leur pensée.
0 chaste...
DONA DOLORÈS
Est-ce un péché d'orgueil? Je suis blessée De voir que mon secret appartient aux passants : Je voudrais qu'il ne fût qu'à nous deux, et je sens Qu'on profane ma joie en l'ayant trop comprise.
Parlez encor, c'est doux, et votre voix me grise Comme un encens béni qui reviendrait de Dieu.
DONA DOLORÈS
Vous me connaissez mal, don Juan, car je vaux peu, Mais je vous aime bien et c'est toute ma gloire.
Non, vous êtes la sainte et celle qu'on veut croire, Et je vois l'auréole autour de vos cheveux ; Vous êtes le repos promis à tous les vœux,
La fin des désespoirs et des espoirs, Télue, La sœur, la rédemptrice, en qui l'amour salue La révélation des mots qu'il n'a pas dits ; Vous êtes l'ange blanc qui vient du Paradis Pour guérir d'être seul et laver d'être infâme. L'asile, le pardon, tout!
DONA DOLORÈS
Je suis votre femme.
Oui, dites-le. C'est bon de l'entendre !
DONA DOLORÈS
Demain...
Demain !
DONA DOLORÈS
Et tous les deux pour faire le chemin, Ensemble, et côte à côte, et jusqu'au jour suprême...
Oh, comme je vais bien t'aimer, puisque je t'aime. Et comme nous allons nous bénir tous les deux !
DONA DOLORÈS
Nous nous enfermerons dans du bonheur.
Loin d'eux.
N'est-ce pas, loin des gens, loin de toute la terre. Pour faire à notre extase un cloître de mystère !