ACTE IL le
INES, couvrnnt ses ép\ulcs.
Pourquoi donc relever ce manteau?
N'est-ce pas toi qu'on fit servir sur un plateau, Toute nue, à la fin d'un souper, dans des roses?
INÈS
On m'a vanté tes admirables poses, Ta poitrine de marbre et tes flancs de satin : Car je n'eus pas l'honneur d'assister au festin.
INÈS
Ne m'en plains pas, j'ai Thorreur de la foule. Par Vénus, n'est-ce point une larme qui coule?
INÈS
Vous êtes sans pitié, don Juan.
Pour la laideur!
Mais toi, que te prend-il d'inventer la pudeur, Puisque tous tes amants te proclament si belle ?
INÈS
Je n'en ai pas.
Tu n'en as plus?
INÈS
Je suis fidèle A Tamour de quelqu'un qui me rend du mépris.
Le sol!
INÈS
Il a raison, car il connaît le prix Que je vaux, âme et corps, et mon passé de joie, Et l'océan de fange où mon rêve se noie, Et ma pauvre jeunesse amère de baisers! Oh, Dieu! Si je pouvais, quand vous me méprisez, Me laver de moi-même avec de la prière, Et pour un jour au moins retourner en arrière Vers les candeurs et les puretés d'autrefois, Si je pouvais changer mon visage et ma voix Pour dire : « Je vous aime, ô don Juan... »
Il secoue la tête d'un air de doute.
Je le jure, Depuis des mois, je suis à vous.
Es-tu bien sûre?
INÈS
Tous avez tant menti que vous doutez de tout.
Nous avons fait mentir et nous mentons beaucoup; Nous nous ressemblons trop, ma chère, et c'est dommage.
INÈS, suppliante.
Notre lassitude a presque le même âge, Mais je ne crois plus guère au bonheur que tu veux.
Oh