ACTE II
INES, soupirant.
DON JUAN, froid cmcnl
Tes cheveux sont beaux.
INÈS
Oui. '
Coupe tes cheveux, Et brûle-les, et viens m'en apporter la cendre. Oui, coupe et brûle ! Alors, je te croirai, Cassandre !
INÈS
Alors je serai laide el vous rirez de moi.
Peut-être! Mais du moins je t'envierai ta foi Et l'abnégation qui vaut mieux qu'une étreinte. Oui, fais-toi laide, afin d'être seule, et sans crainte. Cloître-toi dans l'exil de ton recueillement. Vis avec toi! L'amour n'a pas besoin d'amant! L'amour tout seul saura t'arracher de l'abîme, Et, puisqu'il te permet d'être enfin ta victime, Puisqu'il t'accorde enfin de la souffrance, attends, Souffre, pleure, et rends grâce!
INÈS
Attendrai-je longtemps?
La folle ! Elle se plaint de ce qui la relève !
Tu ne comprends donc pas que l'amour, c'est du rêve.
Que je t'égorgerais ton rêve en y touchant.
Et que c'est par bonté que je me fais méchant?
Tu ne comprends donc pas que la peine est féconde, Et que je donnerais tous les baisers du monde Pour pleurer d'un désir comme tu pleures là?
INÈS
Désirez-moi.
DON JUAN, lui caressant le visage de sa rose.
Tu nous ferais languir?
Il lui tend la fleur.
Prends-la, Des mains du mendiant qui t'offre son obole.
INES, prenant la rose.
En souvenir de vous.
Prends-la comme un symbole.
INÈS
De quoi?
Songe à toi-même en regardant les fleurs, Parce que Dieu bénit notre âme avec nos pleurs, Comme il bénit la rose avec de la rosée...
La danse est terminée; don Juan et Inès se lèvent. SEIGNEURS, applaudissant.
Bravo, Morisque !
DON LUIS, se dirigeant vers la fenêtre.
Inès, t'es-tu bien reposée?
Chante un peu, maintenant.
INÈS
Je ne chanterai plus.