ACTE IV. 15'J
iMaudile soit ma chair qui fait soulTrir mon àmc !
LE MAYOR
Abdique ton orgueil.
Je suis uu être infâme !
LE MAYOR
Demandes-tu pardon du mal que tu faisais?
DON JUAN, s'agenouillaiil et joiijnant les mains.
A tous les innocents couchés entre deux ais, A tous les malheureux qui peinent par mes crimes, A mes frères comme à mes sœurs, à mes victimes, A tous ceux que j'ai mis en deuil comme en péril, Je demande humblement pardon. Ainsi soit-il!
LE MAYOR
C'est bien.
DON JUAN, voulant se relever.
Emmenez-moi.
LE MAYOR, toujours assis.
Ce n'est pas tout encore.
Tu vas souffrir.
DON JUAN, avec exaltation.
Tant mieux!
LE MAYOR, sévèrement.
Levés avant l'aurore, A genoux sur le sol de marbre, et le front bas. Nous prions.
DON JUAN, humble.
J'essaierai... iMais, si je ne peux pas.
IGO DON JUAN DE MANAHA.
LE MAYOR, avec autorité.
Alors, prie, en pleurant de ne pouvoir, et prie!
DON JUAN, tombant à genoux.
Je prierai.
LE MAYOR
Sur ta chair pénitente et meurtrie, Tu porteras la haire en saignant.
C'est mon vœu !
LE MAYOR
Chaque jour, devant tous, tu rediras l'aveu De tes péchés.
DON JUAN, avec enthousiasme.
Devant tous !
LE MAYOR, durement.
La tête moins haute!
Don Juan baisse la tête.
— Tu pâtiras de soif et de faim.
Par ma faute !
LE MAYOR
Pauvre, tu soigneras le pauvre en son taudis.
DON JUAN, très doucement.
Je suis le serviteur de ceux qui sont maudits.
LE MAYOR, avec colère.
Nul n'est maudit !
ACTt: IV. . 161
DON JUAN, soumis.
Devant rindulgence céleste, Ainsi soit-il.
LE MAYOR
A ceux qui sont morts de la peste Tu mettras le linceul sans peur et sans dégoût.
Pour honorer mon Dieu dans son œuvre.
LE MAYOR, se levant, après avoir fait un signe de croix sur lu tête
de don Juan.
Debout, Car Tesprit est en toi. Le Seigneur t'a fait grâce.
Don Juan se lève, le Mayor lui tend les bras.
Et maintenant, mon fils, viens là que je t'embrasse !
Don Juan se jette dans les bras du Mayor qui le scrro sur sa poitrine. A ce moment, on entend gratter à la porte.
Quelqu'un est là?
La voix de DONA DOLORÈS, au dehors.
C'est elle!.. Épargnez-la...
LE MAYOR
Entre dans l'oratoire.
DON JUAN, suppliant.
0 mon père...
LE MAYOR, sévèrement.
Entre là.
Ne la verrai-je plus jamais ?
LE MAYOR
Entre, te dis-jel
Don Jaan résigné fait deux p:is vers l'oratoire. DONA DOLORÈS, au dehors.
DON JUAN revient vers la porte et, les m lins jointes, il prie l'invisible.
Sœur de ma vie et mère du prodige, 0 toi qui m'as conduit, Étoile des bergers, Toi qui conduis vers l'aube à travers les dangers, Trinité de la femme, Amour, Douceur, Prière, 0 rédemptrice, ô la première et la dernière, Parce que j'ai péché, je me confesse à toi.
Don Juan s'éloigne à reculons, les bras tendus vers Dolorès invisible : il entre dans l'oratoire.
LE MAYOR, au milieu, les deux mains levées vers les deux portes closes.
Seigneur Christ, donnez-leur le repos dans la foi.