LE MARRANO, LE VIEUX MENDIANT
p.us ia.a DON JUAN.
Le soleil se couche ; le Marrano est appuyé sur sa bôchc. Le vieux entre, portant un panier de fruits.
LE VIEUX
Voici le soir. Rentrons. J'ai cueilli les grenades.
LE MARRANO.
Ah! mon vieux, c'est fini, le temps des sérénades, Des courses au soleil, des nuits au coin d'un bois! Ça l'amuse beaucoup d'être au couvent?
LE VIEUX
Je bois, Je mange, j'ai mon lit, j'ai ma soupe.
LE MARRANO.
El le reste?
LE VIEUX
Bah!
LE MARUANO.
Le pain qu'on avale au cloître est indigeste. Le pain n'est bon que quand on ne l'a pas gagné! Je suis las du travail.
(Il s'assied au pied de la croix et prend sa cruche.) LE VIEUX.
Tais-toi donc, malpeigné!
Si l'on t'avait brûlé, ça te vaudrait mieux?
LE MARRANO.
Presque.
Être le jardinier d'un couvent, c'est grotesque, Et j'ai honte de moi quand je vois mon portrait Encadré dans le rond de ma cruche. — Il faudrait.
LE VIEUX, l'interrompant.
Te taire! Car on va nous entendre.
LE MARRANO.
Et qu'importe?
LE VIEUX
Tu serais beau, si l'on te jetait à la porte!
LE MARRANO.
Je serais libre !
LE VIEUX
Et tu mourrais!
LE MARRANO.
Je meurs d'ennui.