SCÈNE III DON JUAN, DON MIGUEL
Don Miguel jette son manteau après en avoir retiré deux épées qu'il plante en terre.
Il s'approthe de don Juan, qui a le dos tourné.
DON iMIGUEL, à part.
A nous deux !...
Il l'empoigne briitalcment par Tepaule.
Tourne ici, mâcheur de patenôtres!
Reconnais- moi!
Mon frère?...
DON MIGUEL
Eh, là ! Suis-je si vieux ?
Mon frère, bien des jours ont passé sur mes yeux.
DON MIGUEL
Ai-je souffert au point d'être méconnaissable? Ah, l'offenseur écrit l'injure sur le sable, Mais l'offensé l'écrit sur le marbre. Je suis Don Miguel de Solis. Je te hais. Je te suis. Je te veux. J'attendais noire heure. L'heure sonne. Ne cherche pas autour de toi ! Tu n'as personne. Je t'ai guetté pendant bien des jours, là, caché, Mais je te tiens!
ACTK V. 17J
DON JIAN
Je sais que j'ai beaucoup péché, Et vous avez soulTort par moi. Je m'en accuse.
DON MIGUEL
Alij toujours vil, et lâche, et toujours de la ruse!
Hélas, je sais le peu que j'ai toujours valu;
Mais, puisque le Très-Haut, mou frère, a bien voulu
Me confronter avec votre juste colère,
Dites quels châtiments il faut pour vous complaire :
Je les accepte, afin de réparer mes torts.
Il s';igenouilIe devant don Miguel.
DON MIGUEL
A genoux ?
A vos pieds.
DON MIGUEL
Pleutre devant les forts, Tu trembles trop, quand vient le jour de rendre compte ! A genoux? Il n'est donc ni bassesse ni honte, Faquin, qui le répugne en face d'un péril? Allons, pleure! Fais-toi plus bas, fais-toi plus vil! Tu n'éviteras pas le fer de ma justice î
J'ai péché par orgueil. Que mon orgueil pâtisse!
DON MIGUEL
Des mots ! Elle, sa sœur, son père, tous les trois. Cent autres, tu les as égorgés, et lu crois Qu'on va payer du sang avec des litanies? Tu m'as volé ma femme, abreuvé d'avanies;
Je te dois mes affronts, mes dégoûts, tous mes maux, Et tu crois que cela se règle avec des mots? Debout! Pour une fois encor, c'est la dernière! Debout, vite! Les loups sortent de leur lanière, Quand le veneur joyeux les a battus du pié!
Il le pousse du talon. Don Juan chancelle. DON JUAN.
0 mon frère, je n'ai pas assez expié,
Mais je vous appartiens s'il vous plaît que je meure.
DON MIGUEL
II me plaît. Viens mcurir.
Don Juan se lève et suit don Miguel, qui le conduit vers les cpées.
Choisis. Prends la meilleure,
Don Jurn, avec un geste d'effroi, se détourne et se signe. DON JUAN.
Je ne me battrai pas, frère, punissez-moi.
DON MIGUEL
Défends ta vie !
Elle est à vous.
DON MIGUEL
Gueux blanc d'effroi, Prends l'épée! On t'a donc répété, piètre sire. Que maintenant, depuis sept ans qu'il te désire. Ce fer-là, que tu fis balayer aux laquais, Est prompt comme l'éclair du Dieu que tu narguais Et dans l'ombre de qui tu viens cacher tes crimes?
Dieu les voit, et mon âme appartient aux abîmes"] S'il vous convient d'avoir ma vie, elle est à vous.