‹ Don Juan de MañaraChapitre 95 sur 95 · ACTE V · texte numérisé non relu

ACTE V

LE MAYOR

Et la chair souffletée, Ta misérable chair s'est encor révoltée, Ta chair d'orgueil, que Dieu consentait à punir ! 11 daignait t'éprouver sur elle, en souvenir Des jours damnés où tu t'exlasiais en ri le ! C'était la pénitence, et ta face charnelle, C'est Dieu qui la frappait par la main que voilà!

Montrant le cadavre d'un geste impérieux.

La main qui t'a frappé la face, baise-la!

Don Juan, humble, revient vers le corps, et, sans relcvor de terre le bras de (ion Miguel, s'ajcnouillanl, incline son front vers la main.

Sur la terre où posaient tes pieds, voici ma tète.

Il baise la main du mort.

LE MAYOR, autoritaire.

Et maintenant, afin d'humilier ta bête, Creuse la tombe avec tes ongles et tes doigts, Profonde. S'il y faut des semaines, des mois, Jusqu'à l'achèvement de l'œuvre expiatoire. Tu gîteras auprès du cadavre ; et la gloire De ce néant que ta folie a tant fêté, Un corps, tu me diras ce qu'il en est resté, Combien de jours a pu durer sa beauté fausse, Et combien elle vaut d'amour. Creuse la fosse!

DON JUAN, toujours agenouillé près du corps.

Avec mes ongles et mes doigts, un grand fossé Pour coucher mes remords.

LE MAYOR

Enterre ton passé,

Bénissez-Rous...

LE MAYOR, étendant ses mains sur eux.

Paix à loi, créature, Et prions.

Longuement, il regarde don Juan abîmé dans la prière.

La prière est un baiser qui dure.

Il s agenouille de l'aulre côté du mort. Rideau.

(Grande- Chartreuse j mai 1893.)

3'.'i7. — L.-Iinprimcrics rcuiiies,2. rue Mignon, Paris,

Lo Bibliothèque

Université d'Ottowo

Éclié«iic«

The Library

University of Ottawa

Dot« du«

Page 1