ACTE II, SCÈNE II 3â
B<>\ JUAN
Quoi ! unr personne comme vous serait la femme d'un simple paysan ! Non, non. c'est profaner tant de beautés, et vous n'êtes pas née pour demeurer dans un village. Vous méritez, sans doute, une meilleure fortune; et le ciel, qui le connaît bien, m'a conduit ici tout exprès pour empocher ce mariage, et rendre justice a vos charmes: car enfin, belle Charlotte, je vous aime de tout mon cœur, et il ne tiendra qu'à vous que je vous arrache de ce misérable lieu, et que je vous mette dans Fétat où vous méritez d'être. Cet amour est bien prompt sans doute, mais quoi ! c'est un effet, Charlotte, de votre grande beauté, et l'on vous aime autant en un quart d'heure qu'on ferait une autre en six mois.
CHARLOTTE
Aussi vrai, monsieu. je ne sais comment faire quand vous parlez. Ce que vous dites me fait aise, et j'aurais toutes les envies du monde de vous croire ; mais on m'a toujou dit qu'il ne faut jamais croire les monsieux, et que vous autres courtisans êtes des enjôleux. qui ne songez qu'à abuser les filles.
ip suis pas de ces gens-là.
SGANARELLE, à part.
Il n'a garde.
CHARLOTTE
Voyez-vous, monsieu, il n'y a pas plaisir
à se laisser abuser. Je suis une pauvre paysanne, mais j'ai l'honneur en recommandation, et j'aimerais mieux me voir morte que de me voir déshonorée.
Moi, j'aurais l'âme assez méchante pour abuser une personne comme vous ? Je serais assez lâche pour vous déshonorer ?
Non, non, j'ai trop de conscience pour cela. Je vous aime, Charlotte, en tout bien et en tout honneur; et. pour vous montrer que je dis vrai, sachez que je n'ai point d'autre dessein que de vous épouser. En voulezvous un plus grand témoignage ? M y voilà prêt, quand vous voudrez; et je prends à témoin l'homme que voilà de la parole que je vous donne.
SGANARELLI:
Non, non, ne craignez point, il se mariera avec vous tant que vous voudrez.
Ah! Charlotte, je vois bien que vous ne me connaissez pas encore ! Vous me faites grand tort de juger de moi par les et, s'il y a des tourbes dans le monde, des gens qui ne cherchent qu'à abuser des allés, vous devez me tirer du nombre, et ne pas mettre en doute la sincérité de ma foi: et puis votre beauté vous assure de tout. Quand on est faite comme vous doit être à couvert de toutes ces sortes de craintes; vous n'avez point l'air, croyezmoi, d'une personne qu'on abuse; et. pour moi. je l'avoue, je me percerais le cœur