SCÈNE II
DON JUAN. SGANARELLE, Ux PaUVM
SGAXARELLE
Holà : ho : l'homme ! oh : mon compère ho! l'ami! un petit mor. s'il vous plaît.
Enseignez-nous un peu le chemin qui o •. la ville.
LE PAUVRE
Vous n'avez qu'à suivre cette route, messieurs, et détourner à main droite quand vous serez au bout de la forêt : mais je vous donne avis que vous devez vous tenir sur vos gardes, et que. depuis quelque remps, il y a des voleurs ici autour.
Je te suis obligé, mon ami, et je te rendsgrâce de tout mon cœur.
LE PAUVRE
Si vous vouliez me secourir, monsieur, de quelque aumône?
Ah! ah! ton avis est intéressé, à ce que je vois.
LE PAUVRE
Je suis un pauvre homme, monsieur, retiré tout seul dans ce bois depuis dix ans, et je ne manquerai pas de prier le ciel qu'il vous donne toutes sortes de biens.
Eh ! prie le ciel qu'il te donne un habit, -ans te mettre en peine des affaires des
autres.
SGANARELLE
Vous ne connaissez pas monsieur, bon homme : il ne croit qu'en deux et deux sont quatre, et en quatre et quatre sont huit.
Quelle est ton occupation parmi ces arbres ?
le pauvre
De prier le ciel tout le jour pour la prospérité des gens de bien qui me donnent quelque chose.
Il ne se peut donc pas que tu ne sois bien â ton aise?
LE PAUVRE
Hélas! monsieur, je suis dans la plus grande nécessité du monde.
Tu te moques : un homme qui prie le ciel tout le jour ne peut pas manquer d être bien clans ses affaires.
LE PAUVRE
Je vous assure, monsieur, que le plus souvent je n'ai pas un morceau de pain à mettre sous les dents.