ACTE III, SCEN* i
SGANARELLE
Et voilà ce que je ne puis souffrir: car il n'y a rien de plus vrai que le moine bourru, et je me ferais pendre pour celui-là. Mais encore faut-il croire quelque chose dan^ Le monde. Qu'est-ce donc que vous croyez :
Ce que je crois?
SGANARELLE
Oui.
Je crois que deux et deux sont quatre. Sganarelle, et que quatre et quatre sont huit.
SGANARELLE
La belle croyance et les beaux articles de foi que voilai Votre religion, à ce que je vois, est donc l'arithmétique? Il faut avouer qu'il se met d'étranges folies dans la tète des hommes, et que. pour avoir bien étudié, on est bien moins sage le plus souvent. Pour moi, monsieur, je n'ai point étudie comme vous, Dieu merci ! et personne ne saurait se vanter de m'avoir jamais rien appris: mais, avec mon petit sens, mon •petit jugement, je vois les choses mieux que tous les livres, et je comprends fort bien que ce monde que nous voyons n'est pas un champignon qui soit venu tout seul en une nuit. Je voudrais bien vous demander qui a fait ces arbres-là. ces rochers, cette terre, et ce ciel que voilà là-haut : et si tout cela s'est bâti de lui-même. Vous voilà, vous, par exemple; vous êtes là ; est-ce que vous vous êtes fait tout seul ;
st n'a-t-il pas fallu que votre père ait engrossé votre mère pour vous taire? Pouvez-vous voir toutes les inventions dont la machine de l'homme est composée sans admirer de quelle Caçoa tout cela est agencé l'un dans l'autre? Ces nerfs, ces os, ces veines, ces artères, ces..., ce poumon, ce cœur, ce foie, et tous ces autres ingrédients qui sont là, et qui... Oh ! dame ! interrompez-moi donc, si vous voulez. Je ne saurais disputer si l'on ne m'interrompt. Vous vous taisez exprès et me laissez parlai par belle malice.
fonds que ton raisonnement soit fini.
SGANARULLE
Mon raisonnement est qu'il y a quelque :hose d'admirable dans l'homme, quoi que vous puissiez dire, que tous les savants ne sauraient expliquer. Cela n'est-il pas merveilleux que me voilà ici, et que j'aie quelque chose dans la tête qui pense "cent choses différentes en un moment, et fait de mon corps tout ce qu'elle veut? Je veux frapper des mains, hausser le bras, lever les yeux au ciel, baisser la tète, remuer les pieds, aller à droite, à gauche, en avant, en arrière, tourner... \ll .se laisse tomber en tournant.)
Bon! voilà ton raisonnement qui a L
-■us s (y:
SGANARELLI.
Morbleu', je suis bien sot de m'amuser à