‹ Don Juan; ou, La comédie du siècleChapitre 21 sur 157 · SCÈNE X DON JUAN — SGANARELLE · texte numérisé non relu

SCÈNE X DON JUAN — SGANARELLE

Pardieu, décroche-moi ma guitare du clou !

DON JUAN lO:

SganarcUe lui apporte une guitare curub année.

Chacun de ces rubans fut pris autour d'un cou ! K;.. Je me sens rajeuni, gai, dispos à merveille, Et je vais te chanter, — pour moi seul, — maplus\ieille Chanson. Elle est du temps où j'étais écolier. J'avais treize ans ; j'étais fou d'amour, à lier ! Elle, fille d'un duc, n'était qu'une fillette. A dix ans, — je la vois, — l'infante était coquette !

U chante en s'accompagnant sur la guitare.

Quand on respire des roses On se sent frémir. Pourquoi Hessent-on les mêmes choses, En respirant près de toi?

Sur les roses, tes pareilles, L'a/jeille vient se poser . . .

Mes rêves sont des abeilles; C'est un miel, que le baiser!

Dans la moisson, déjà haute, Un nid chante sa chanson...

Viens-tu dormir côte à côte, Au milieu de la moisson ?

10(j DON JUA.N

Elle eut pitié de moi, de ma chanson d'oiseau, Et j'allais l'embrasser, la nuit, dans son berceau, Comme Paul, tout enfant, embrassait Yirginie... Ah ! la première amour est la seule infinie !... Je n'ai rien retrouvé de ce charme subtil. Jamais plus !... 0 passé ! Douceur du vent d'avril! Quand le bois nous attire et qu'on aime les choses, Et qu'on met vainement sa lèvre sur des roses !...

SGAXARELLE.

Ma foi, Monsieur... ce que vous dites, je le vois I G'esttrop joli!... Pour Dieu, je ne suis pas de bois!... Et ces émotions, les roses, la guitare Le vent d'avril... vraiment !...

DON JIA.X.

Vraiment, quoi ?

SGANARELLE, avec un frisson.

C'est barbare !

Page 1