Deuxième partie. — Acte premier. i
Merci, Centellas.
CENTELLAS
Mais qu'avez-vous ! Sur ma vie, votre bras tremble et votre face est décolorée.
DON JUAN {recouvrant son sang-froid)
La lune peut-être en est cause.
AVELLANEDA
Mais, Don Juan, que faites-vous ici ? — Connaissez-vous ce lieu ?
N'est-ce pas un panthéon?
CENTELLAS
Et savez-vous à qui il appartient?
A moi... Regardez tout autour de moi, et vous ne verrez qu'amis de mon enfance, ou témoins de mon audace et de ma valeur.
Mais nous vous avons entendu parler: avec qui éliez-vous?
Avec eux.
CENTELLAS
Venez-vous pour les railler encore ?
Non ; je viens pour leur rendre visite. Mais un vertige de folie, en m'envahissant l'esprit, m'a troublé un moment; et il est certain qu'il m'a fait passer un mauvais quart d'heure. Ces fantômes de pierre me menaçaient si rudement que si vous n'étiez venus promptement près de moi...
CENTELLAS
Ah ! ah ! ah ! Vous fait-elle reculer, Don Juan, comme les rustres, la peur des morts ?
Non, ma foi; contre tous réunis j'ai ma force prête, et mes mains. S'ils ressortaient des tombeaux où ils reposent, ce sont les propres mains de Don Juan qui leur redonneraient la mort. Et sachez une fois pour toutes, senor capitaine, que je suis toujours Don Juan, et qu'il n'y a chose qui m'effraye. Un souffle de fièvre chaude m'a fasciné un instant, Centellas, mais c'est déjà passé : chacun peut hésiter à un moment donné.
AVELLANEDA ET CENTELLAS
C'est la vérité.
Partons d'ici.