SCENE II
DONA INÈS (seule)
DONA INES
La voilà partie. Je ne sais ce que j'ai, pauvre de moi ! En troupe tumultueuse, mille idées contraires se combattent en moi à la fois. Les autres nuits, j'écoutais ses paroles avec plaisir; et de ces tableaux paisibles qu'elle sait si bien peindre, de ces plaisirs domestiques, l'heureuse simplicité et le calme fortuné me firent souhaiter avec ardeur la solitude des cloîtres et leur sainte austérité. Mais aujourd'hui je l'ai écoulée toute
o8 Don Juan Tenorio.
distraite, et dans ses discours j'ai trouvé, sinon d'ennuyeuses réflexions, de l'aridité tout au moins. Et, je ne sais pourquoi, quand elle m'a dit qu'il pourrait arriver qu'on hâtât le jour de ma profession, j'ai tremblé; j'ai senti s'accélérer les battements de mon cœur, et mon visage revêtir une pâleur livide. Pauvre de moi !... Mais
ma duègne, où donc est-elle? Cette femme,
avec ses discours, en fin de compte, me divertit parfois. Et aujourd'hui elle me fait faute... peut-être est-ce parce que je vais la perdre : car à la profession, il est nécessaire de renoncer à tout ce qu'on a aimé. — Mais j'entends des pas dans le cloître. Oh ! je reconnais très bien sa démarche... La voici.