Première partie. — Acte troisième. io
quelque temps déjà me torturent l'âme de leur agitation.
BRIGIDA
Quelqu'un d'entre eux, par aventure, a-t-il la figure de Don Juan?
DONA INÈS
Je ne sais; depuis que je l'ai vu, ma Brigida, et que tu m'as dit son nom, je garde toujours cet homme présent devant mes yeux. Partout où je suis, je me distrais avec son agréable souvenir, et si un instant je le perds, je retombe bientôt en son pouvoir. Je ne sais quelle fascination il exerce sur mes sens ; toujours vers lui me poussent mon esprit et mon cœur. Ici , dans la chapelle, partout, je m'aperçois que ma pensée est distraite par l'image de Tenorio.
BRIGIDA
Dieu m'aide! Dona Inès, à la façon dont vous expliquez cela, il me vient des tentations de croire que c'est de l'amour.
DONA INÈS
De l'amour, as-tu dit?
BRIGIDA
Oui, de l'amour.
DONA INÈS
Non, en aucune manière.
ioj. Don Juan Tenorio.
BRIGIDA
Eh bien ! le moindre entendeur l'entendrait comme de l'amour; mais passons à voir la lettre... Qui vous fait hésiter?... Un soupir?
DONA INÈS
Ah ! c'est que plus je la considère et moins j'ose la lire. — (Elle lit) « Dona Inès de mon âme. »... Vierge sainte, quel début !
BRIGIDA
Elle doit être en vers et c'est une cheville que la poésie aura amenée. Allons, poursuivez !
DONA INÈS (elle lit)
«Lumière, source où puise le soleil,
• Colombe si belle
« Privée de liberté,
«Si vous daignez sur ces lettres
«Jeter vos jolis yeux,
« Ne les détournez pas, d'ennui,
» Sans conclure : achevez! •
BRIGIDA
Quelle humilité et quelle grâce ! Où trouver plus de soumission ?
DONA INÈS
Brigida, je ne sais ce que j'éprouve.
BRIGIDA
Poursuivez, poursuivez la lecture.