‹ Don Juan tenorioChapitre 70 sur 127 · Première partie. — Acte quatrième · texte numérisé non relu

Première partie. — Acte quatrième

Regardez, regardez par ce balcon, et vous comprendrez la distance qu'il y a d'un couvent de religieuses à une maison de campagne de Don Juan.

DONA INÈS

Cette maison de campagne est à Don Juan ?

BRIGIDA

Je crois qu'elle est bien à vous.

DONA INÈS

Mais je ne comprends pas,Brigida, ce que tu dis.

BRIGIDA

Écoutez. Vous étiez, dans le couvent, à lire, avec beaucoup d'angoisse, une lettre de Don Juan, quand éclata en un moment un incendie formidable.

DONA INÈS

Jésus!

BRIGIDA

Épouvantable, immense : la fumée était vraiment si épaisse que l'air en devint palpable.

DONA INÈS

Je ne me souviens pas

BRIGIDA

Toutes deux, occupées avec la lettre, nous oubliions notre existence même, moi écoutant, vous

lisant. Et, en vérité, elle était si tendre, que nous attribuions, entre nous, à sa lecture, la gêne intérieure que nous éprouvions. Déjà nous pouvions à peine respirer, et les flammes prenaient à nos lits ; nous allions être asphyxiées, quand Don Juan, qui vous adore et qui rôdait autour du couvent, voyant croître avec le vent la flamme dévastatrice, s'aperçut que vous alliez en être environnée et, avec une valeur inouïe, se précipita pour vous sauver par le passage qu'il put trouver le meilleur. Vous, à le voir ainsi pénétrer dans la cellule à l'improviste, vous vous êtes évanouie...: c'était forcé, et il fallait s'y attendre. Lui alors, vous voyant choir ainsi, vous enleva dans ses bras et prit la fuite ; je le suivis, et il nous arracha au feu. Où pouvionsnous aller à cette heure ? Vous étiez toujours évanouie, moi je restais à moitié étouffée. Il se dit donc: «Jusqu'à l'aurore, je les garderai dans ma maison. •> Et nous voilà, Dona Inès, ici.

DONA INÈS

Donc cette maison est la sienne ?

Oui.

DONA INÈS

En vérité je ne me rappelle rien de tout cela.

Mais dans sa maison! Oh! sortons-en sur

l'heure J'ai celle de mon père.

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