Première partie. — Acte quatrième
BRIGIDA
Je suis de votre avis ; mais voilà... c'est que...
Quoi ?
BRICIDA
C'est que nous n'y pouvons aller.
DONA INÈS
Par exemple ! voilà qui m'étonne.
BRIGIDA
De Séville nous sépare...
DONA INÈS
Quoi ?
BRIGIDA
Voyez : le Guadalquivir.
DONA INÈS
Nous ne sommes pas dans la ville?
BRIGIDA
Nous nous trouvons à une lieue de ses murailles.
DONA INÈS
Oh ! Nous sommes perdues !
BRIGIDA
Je ne sais, en vérité, pourquoi.
i3o Don Juan Tenorio.
Tu me déconcertes positivement, Brigida Je
ne sais quels sont les filets qu'entre ces murailles, je le crains, tu es en train de me tendre. Jamais je n'ai quitté le cloître, et j'ignore les usages du monde extérieur; mais j'ai de l'honneur; je suis noble, Brigida, et sais que la maison de Don Juan n'est pas un asile convenable pour moi. Une je ne sais quelle angoisse secrète me le dit ici en ce moment. Viens, fuyons !
BRIGIDA
Dona Inès, il vous a sauvé la vie.
DONA INÈS
Oui, mais il m'a empoisonné le cœur.
BRIGIDA
Vous l'aimez donc?
DONA INÈS
Je ne sais .... Mais, par pitié, fuyons vite cet homme, au seul nom de qui le cœur me manque. Ah! c'est toi qui m'as donné un papier écrit de la main de cet homme, et c'est quelque charme maudit que tu me donnais là, renfermé en lui. Une seule fois je le vis, par une jalousie, et c'est toi qui m'as dit qu'il était à cette place pour moi. C'est toi, Brigida, à toute heure, qui venais me parler de lui, rappelant à mon souvenir ses grâces fascinatrices. C'est toi qui me dis qu'il