‹ Don Juan tenorioChapitre 74 sur 127 · Première partie. — Acte quatrième. i · texte numérisé non relu

Première partie. — Acte quatrième. i

Et ces deux perles liquides qui se détachent doucement de tes radieuses prunelles, me conviant à les boire pour ne les pas voir s'évaporer dans leur propre chaleur; et ces vives couleurs qui n'habitaient pas ton visage, n'est-il pas vrai, 0 ma beauté, qu'elles respirent l'amour?

Oh! oui, très gracieuse Inès, miroir et lumière de mes yeux; m'écouler sans colère comme tu le fais, c'est de l'amour. Regarde donc ici, à tes pieds, toute l'orgueilleuse dureté de ce traître cœur, qui ne croyait pas se rendre; regarde, car il adore, ô ma vie, l'esclavage de ton amour.

DONA INÈS

Silence, pour Dieu, oh! silence, Don Juan ; car je ne pourrai résister longtemps, sans mourir, à une angoisse si nouvelle pour moi. Ah! Taisezvous, par pitié; car, en vous entendant, il me semble que mon cerveau se trouble et que mon cœur s'embrase. Ah! Vous m'avez donné à boire un philtre infernal, sans doute, qui vous aide à soumettre la vertu de la femme. Peut-être, possédez-vous, Don Juan, une amulette mystérieuse, qui m'attire à vous secrètement comme un irrésistible aimant. Peut-être Satan a-t-il placé en vous son regard fascinateur, sa parole séductrice, et l'amour qu'il refuse à Dieu. Et que fautil que je fasse, pauvre de moi! sinon tomber en vos bras, puisque vous me ravissez ainsi le cœur, morceau par morceau ? Non ! Don Juan ; il

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n'est vraiment pas en mon pouvoir de te résister : je vais a toi comme cette rivière va à la mer qui l'aspire. Ta présence me fait sortir de moi-même, tes paroles m'hallucinent, tes yeux me fascinent et ton souffle m'empoisonne. Don Juan! Don Juan! Je l'implore de ta pitié de gentilhomme: ou arrache-moi le cœur, ou aimemoi, car je t'adore !

O mon âme ! Cette parole change à tel point mon être que je comprends ce que je puis faire pour que l'Eden s'ouvre à moi. Ce n'est pas, Dona Inès, Satan qui met cet amour en moi ; c'est Dieu, qui veut, par toi, me gagner peut-être à Lui. Non! l'amour qui se recueille aujourd'hui comme un trésor dans mon cœur mortel n'est pas un amour terrestre comme celui que j'ai éprouvé jusqu'à cette heure; ce n'est pas cette fugace étincelle que le premier coup de vent éteint ; c'est un incendie qui couve et grandit, immense, dévorant. Chasse donc ton inquiétude, très gracieuse Inès, car je me sens, à tes pieds, capable encore de vertu. Oui, j'irai prosterner mon orgueil devant le noble commandeur, et alors, ou il faudra qu'il me donne ton amour, ou il ne lui restera qu'à me tuer.

DOÎÎA INÈS

Don Juan de mon cœur!

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