SCENE Ve
UN SCULPTEUR, se disposant à partir.
Eh bien! mon maître; voilà qui est fait ! L'âme du noble Don Diego peut, à ce qu'il me semble, reposer tranquille et bien satisfaite. L'œuvre est achevée avec autant de somptuosité que sa dernière volonté l'a laissée en recommandation au monde. Ah ! ils voudraient bien, pardi ! tous les riches qui meurent, que les vivants accomplissent leurs volontés comme celles-ci l'ont été! — Mais il est bien l'heure de me mettre en route; je laisse tout en parfait état, et quitte Séville au lever de l'aurore. Ah ! marbres que mes mains polirent avec tant de sollicitude, demain les Sévillans ravis vous contempleront ; et en admirant les superbes proportions de ce Panthéon, les générations futures tiendront la nôtre en vénération. Bien des jours, venant et
IÔ2 Don Juan Tenorio.
passant, s'écouleront les uns après les autres, tandis que vous demeurerez debout, monuments posthumes de ma mémoire. Oh! fruits de mes veilles, roches que j'ai animées et pour qui j'ai accepté les intempéries du ciel, celui qui vous donna la forme et l'être va déjà vous perdre de vue ; veillez sur ma gloire d'artiste, puisque vous vivrez plus que moi. — Mais qui vient ?