Deuxième partie. — Acte premier. 16g
Pourquoi non ? Je pense, pour mu part, que, où l'on est venu naître, il est juste qu'on vienne mourir. Et puisqu'on l'a privé de son héritage pour enterrer convenablement ceux-ci, il est bien juste aussi qu'on l'enterre lui-même avec décence.
LE SCULPTEUR
A lui seul, l'entrée de ce panthéon est interdite.
Don Juan porte une excellente épée, et ne sait pas qui l'empêcherait d'entrer.
LE SCULPTEUR
Jésus ! Une telle profanation !
Don Juan est un homme qui, s'il lui plaît, relèvera le palais par-dessus le panthéon.
LE SCULPTEUR
Cet homme est-il donc si audacieux que d'affronter jusqu'aux morts même?
Quels respects doit-il gaspiller pour ceux qu'il a étendus à ses pieds ?
170 jDo;j Juan Tenorio.
LE SCULPTEUR
Mais il n'a donc ni conscience ni âme, cet homme-là ?
Possible que non; car une fois il invoqua le Ciel, avec des cris de pénitence, et le Ciel le mit, au moment même, en un péril si critique qu'il dut, pour se sauver, donner la mort à deux innocents.
LE SCULPTEUR
Quel monstre, Dieu suprême !
Vous pouvez être convaincu que Dieu n'a pas voulu de lui.
LE SCULPTEUR
Un homme pareil...
Meilleur que vous.
LE SCULPTEUR [à part)
Qui donc peut être celui qui répond de Don Juan avec tant de vivacité? — Caballero, à mon regret, comme on m'attend...
Partez donc, et bon voyage.