‹ Don Juan tenorioChapitre 96 sur 127 · SCENE III · texte numérisé non relu

SCENE III

Mon bon père a employé à ceci ma fortune toute entière; il a bien fait: moi, un jour ou l'autre, je l'aurais placée sur une carte... (Un silence). — Vous ne pourrez pas vous plaindre de moi, vous que j'ai tués : si je vous ai enlevé une bonne vie, je vous ai donné une bonne sépulture. Elle est magnifique, en vérité, l'idée d'un pareil panthéon! Et... je sens qu'elle me gagne le cœur, cette solitude... La belle nuit!... Pauvre de moi! Combien, et aussi pures que celle-ci, en ai-je perdues comme un insensé dans d'infâmes aventures ! Combien, où le même éclat de cette lune diaphane m'a vu arracher à quelque innocent l'existence ou l'honneur!... Oui ! après tant d'années dont les souvenirs m'épouvantent, je

sens qu'ici naissent en moi des pensers étranges (il indique son front). — Oh! peut-être me les inspiret-elle du haut du ciel où elle demeure, cette Ombre protectrice qui, pour mon malheur, n'est

plus de ce monde... (// se dirige vers la statue de Dolia Inès et lui parle, pénétré de respect).

Marbre sous qui Dona Inès existe, en corps sinon en âme, permets que l'âme d'un malheureux pleure un moment à tes pieds. A travers mille hasards, j'ai conservé pure ton image; et puisque la fatale fortune de Don Juan t'a assassinée, contemple l'angoisse avec laquelle, — il vient aujourd'hui devant ta sépulture.

A toi, sur toute chose, il a songé, depuis qu'il t'a quittée; depuis qu'il s'est enfui d'ici, il n'a pensé qu'à revenir. Don Juan, de Dona Inès seule, a espéré son bonheur; et aujourd'hui qu'en quête de ta beauté revient le malheureux Don Juan, regarde quelle est son angoisse, — de trouver ici ta sépulture.

Innocente Dona Inès, dont la jeunesse si belle a été enfermée au tombeau par celui qui pleure ici à tes pieds; si tu peux, à travers cette pierre, considérer la douleur de l'âme qui adora ta beauté avec tant d'ardeur, prépare une place a Don Juan, — dans ta propre sépulture.

Dieu t'a créée pour mon bien ; par toi j'ai pensé à la vertu, j'ai adoré sa sublimité, j'ai aspiré à son saint Eden. Oui ! jusqu'à ce jour même, en toi mon espérance s'assure encore, et j'entends une voix qui murmure, tout autour de

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