‹ Don Quichotte de la Manche (volume 2)Chapitre 103 sur 127 · PARTIE II, CHAP. X LUI · texte numérisé non relu

PARTIE II, CHAP. X LUI

porter à la femme de Sancho la lettre et le paquet de son mari. Elle avait joint à ce paquet un petit billet de sa main , et une longue et pesante chaîne d’or qu elle envoyait a Thérèse. Le page , charmé de sa commission , prit un des meilleurs chevaux du duc , se mit en route , fut bientôt arrivé. Comme il entrait dans le village , il aperçut au bord d’un ruisseau plusieurs femmes lavant du linge ; il les pria de lui indiquer la maison de Thérèse Pança , femme de Sancho Pança , écuyer d un chevalier nommé don Quichotte de la Manche. Mon beau monsieur , lui répond en se levant une jolie petite fille de quatorze ans à peu* près, ce Sancho Pança est mon père, cette Thérèse est ma mère , et ce don Quichotte est notre maître. En ce cas , mademoiselle , répondit le page en la saluant, ayez la bonté de me conduire à madame votre mère, pour qui j’apporte une lettre et des présens. — Ah! monsieur, de toute mon âme. Vous apportez des présens ; c’est sûrement de la part de mon père. Venez , monsieur, venez avec moi ; notre maison est à l’entrée de la rue. Ah ! que ma mère va être contente! Il y a long -temps qu elle n’a reçu des nouvelles de mon père , et nous en étions bien inquiètes.

En parlant ainsi la jeune Sanchette jette

son Savon , son battoir, son linge , et-, sans se donner le temps de reprendre ses souliers , nu -jambes , les cheveux épars , elle court , vole vers le page , lui fait une courte révérence , et le guide , toujours sautant , riant et le regardant.

A cinquante pas de la maison , Sanchette redouble ses sauts, et se met à crier : Ma mère, ma mère , venez , voici un monsieur qui vous apporte des lettres et des présens de mon père; hâtez-vous , venez donc ma mère. À sa voix Thérèse Pança sortit avec sa quenouille au côté , faisant tourner son fuseau. Elle était vêtue d’un juste gris , avec le jupon pareil , extrêmement court par- devant. C’était une femme d’une quarantaine d’années , encore fraîche , forte , brune , et d’une physionomie ouverte. Que me veux- tu ? dit-elle à Sanchette , et qu’est-ce que c’est que ce monsieur? C’est un de vos serviteurs , madame , reprit le page en descendant de cheval , et venant se mettre un genou en terre devant madame Thérèse ; j’ose demander à votre seigneurie de me permettre de baiser la main de la légitime épouse du seigneur don Sancho Pança , gouverneur de l’île de Barataria. — Allons! monsieur; levez-vous , et ne parlez point comme cela. Je ne suis point une dame , mon mari n’est point

ns

se Ooiïneî io 'U .. . • < .îiters

court

■ * te

r «I j ;'.TU .V» -nui lût , A'sHiM et

i.vgfv p{ te;

’ ^ çri* b juppj* jvav il ,

‘iiatèi o* ç; art par-‘je\»?t’ C e'tmi uüo

rw* r ; -ies ; CT>roj •

?.. ' : s.sl’ï ritéuri . • ua<] . repeê; lë page

?»:•:* • «t •;!♦..• ciiev;.î? , et venant se meV. t*.

i ie :o un* .<;? a uv •. <?; • »•>• jf«i~

■ . >:■■ . ■ rur*»' i> if' î;/i t.;t * • - »

• ‘ • ■ ‘tisieur

.ve-.i -, :« , ■ # • r -in euiK’ne ce U- Je/

•*. :• , Mv -v.- »m j , /.nui: * i i i n est ptfin i

PARTIE II, CH AP. XLII1. ia3 gouverneur; nous sommes des paysans, fils de paysans , voilà tout. — Vous êtes la très digne épouse d’un très illustre gouverneur. Mon message auprès de vous n a rien que de sérieux, madame; vous en verrez la preuve dans ces lettres et dans ce présent. Alors le page présente les lettres et met au cou de Therese la superbe chaîne d or.

La mère et la fille , immobiles , se regardent sans pouvoir parler. Ma mère , dit enfin Sancbette , je gage que ce gouvernement est l’ile que vous savez , promise depuis si long-temps à mon père par le seigneur don Quichotte. Vous avez raison , mademoiselle , reprit le page , c’est à cause du seigneur don Quichotte que l’on a fait monsieur votre père gouverneur de file Barataria. Ce papier vous l’expliquera, Ah! mon cher monsieur, comment faire? interrompt Thérèse, je ne pourrai jamais déchiffrer ces lettres , car je sais filer, mais je ne sais pas lire. Ni moi non plus , s’écria Sanchette , et j’en suis bien fâchée aujourdhui; mais attendez, je m’en vais chercher monsieur le curé ou monsieur le bachelier Samson Carrasco ; iis seront charmés d’apprendre des nouvelles de mon père. Ce n est pas la peine , dit le page ) je ne sais pas filer, mais je sais lire ; et , si vous le désirez , je lirai la lettre du gouverneur.

Aussitôt le page obligeant fit cette lecture, et passa tout de suite après au billet de la duchesse, conçu en ces termes.

« Ma chere amie , les excellentes qualités « que j’ai reconnues dans votre mari Sancbo « m ont engagée à le faire nommer, par mon « époux le duc , gouverneur d’une de nos lies. « Depuis qu il occupe cette importante place , « j ai su qu il faisait le bonheur et l’admiration « de ses vassaux; et j’ai voulu vous donner « part de la joie que m’ont causée ces bonnes « nouvelles.

« Je vous envoie une chaîne d’or, que je vous « prie d accepter et de porter pour l’amour « de moi. J’aurais désiré qu elle fût plus belle. « Un temps viendra , ma chère Thérèse , où « nous nous connaîtrons davantage; j’espère « alors satisfaire mieux ma tendre amitié pour « vous: J embrasse de tout mon cœur votre « aimable fille Sanchette ; je vous prie de lui « dire que je m’occupe de lui chercher un « époux digne de la fille d’un gouverneur.

<c Ecrivez -moi , parlez -moi longuement de « votre famille , de vos affaires , de tout ce qui « vous intéresse ; vous êtes sûre de m’obliger « en me demandant de vous être utile. Pour « encourager votre confiance, je vous prie de

Page 1