‹ Don Quichotte de la Manche (volume 2)Chapitre 115 sur 127 · PARTIE II, CEAP. XL VIII. i · texte numérisé non relu

PARTIE II, CEAP. XL VIII. i

reux , fidèle , rempli de sagesse et d esprit ; l’autre simple , bon . ingénu , disant souvent des choses de sens , et quelquefois aussi le mot pour rire. — Vous me le persuadez, reprit le convive, et vous m’indignez davantage contre le mauvais écrivain qui vous a défiguré. Enfin je n’ose vous dire qu’il a poussé la malignité jusqu’à raconter que le fameux don Quichotte avait été le jouet et la risée de la populace dans les joutes de Saragosse.

Eh bien ! s’écria alors notre héros, j’étais en chemin pour m’j rendre ; mais , afin que le mensonge de cet impudent auteur soit plus manifeste aux jeux de l’univers , je fais le serment de ne jamais mettre le pied dans la capitale de l’Aragon. Au surplus, c’est nous occuper trop long-temps d’un écrivain qui ne mérite que l’oubli : permettez-moi de vous entretenir d’un sujet plus digne de vous, et de vous confier un projet que m’inspire la reconnaissance, Je veux tout à l’heure monter à cheval , me placer sur la grande route , et là soutenir contre tout venant , pendant deux soleils entiers , qu’il n’est personne dans l’univers , la seule Dulcinée exceptée , que l’on puisse comparer à ces aimables bergères pour les grâces et la politesse.

Aussitôt, et sans attendre de réponse, notre

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héros sort de table, court monter sur Rossinante; et, suivi de Sancho sur son âne, et de la troupe de pasteurs, qui voulaient voir la fin de cette aventure , il va se planter au milieu de la route , où trois fois il crie , d’une voix de tonnerre , que tous les passans , tous les voyageurs se préparassent à faire l’aveu de ce qit’il avait avancé.

Personne ne répondit, car il ne fut entendu de personne ; mais , quelques instans après , on vit venir dans le chemin des hommes à cheval , à pied, armés de longs bâtons ferrés , et conduisant un troupeau d’animaux qui faisaient voler au loin la poussière. Les bergères les eurent à peine distingués quelles se retirèrent avec effroi. Le seul don Quichotte, inaccessible à la crainte, s’affermit sur la selle et demeure à sa place. Sancho se couvre le mieux qu’il peut de la croupe de Rossinante. Le troupeau s’avance; et l’un de ceux qui le guidaient se met à crier: Range-toi donc, si tu ne veux pas que ces taureaux te mettent en pièces. Vraiment ! répond le chevalier, c’est bien à moi que les taureaux font peur ! quand ils seraient de Xarama , ce bras saura les arrêter, jusqu’à ce que vous ayez confessé que les bergères de ce bocage

Il n’acheva point; les taureaux interrom-

PARTIE II, CHÀP. XLVIIL 167 pi rent son discours, en jetant par terre et le héros , et son cheval , et l’écuyer , et son âne„ Ils leur passèrent à tous sur le corps sans seulement les regarder; et lorsque nos aventuriers se relevèrent, les taureaux étaient déjà loin. Don Quichotte, tout en boitant, eut beau courir après eux, les traiter de lâches, de malandrins , aucun ne retourna la tête. Sancho , dans un profond silence , fit relever l’âne et Rossinante, les amena doucement à son maître , qui , honteux et désespéré du triste succès de son entreprise, ne voulut point reparaître devant les bergères de l’Arcadie , et continua son cheknin sans dire un mot à son

ecuyer,

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