‹ Don Quichotte de la Manche (volume 2)Chapitre 7 sur 127 · PARTIE II, CH AP. I. n · texte numérisé non relu

PARTIE II, CH AP. I. n

faisait mettre en état de défense les côtes de Naples et de Sicile. Sa majesté a raison , répondit froidement don Quichotte : mais peutêtre ne pense-t-elle pas au moyen le plus sûr qu’elle ait pour repousser les infidèles. Si elle me consultait, je le lui indiquerais. Ah! t’y revoilà , pauvre don Quichotte ! dit en luimême le curé. Le barbier demanda quel était ce moyen. Il est fort simple , reprit notre héros après S’être fait prier quelque temps ; le roi n’a qu’à faire publier un ordre à tous les chevaliers errans d 'Espagne de se rassembler près de lui : quand il n’en viendrait qu’une demi-douzaine , vous conviendrez qu’il y en aurait assez pour mettre le Turc à la raison ; j’en connais même certain dont le bras seul suffirait. C’est fait de nous ! cria la gouvernante ; mon maitre veut redevenir chevalier errant. Redevenir ! répondit don Quichotte en la regardant fixement; je n’ai pas cessé de l’être , et je mourrai tel , grâce à Dieu.

Vous me rappelez , dit alors le barbier , un petit conte que je veux vous faire. Dans la maison des fous, à Séville, était un jeune gradué que ses pareils avaient fait enfermer pour cause de démence : ce gradué , au bout de quelques années de retraite , écrivit à l’archevêque que Dieu lui avait fait la grâce de

lui rendre la raison ; que ses parens , pour jouir de son bien , continuaient à le priver de sa liberté , et qu’il demandait justice. L’archevêque , frappé du bon sens qui régnait dans toute la lettre , envoya un de ses chapelains causer avec le jeune homme , s assurer par luimême de l’état de sa tête , avec l’ordre , s’il n’était pas fou , de le faire sortir sur-le-champ. Le chapelain , après une heure ou deux de conversation avec le gradué , le trouva si raisonnable , que , malgré ce que put lui dire le directeur de la maison , il ordonna que le jeune homme fût libre , et voulut même l’emmener avec lui voir l’archevêque. Le gradué , revêtu des habits de son état , demanda au chapelain la permission d’aller prendre congé de ses anciens camarades; le chapelain y consentit et l'accompagna. Comme ils passaient ensemble devant les loges des fous , à qui notre jeune homme disait adieu, un de ces fous, couché tout nu sur une natte , se lève et demande avec de grands cris quel était celui qui s’en allait. C’est moi , mon frère , répondit le gradué ; Dieu a pris pitié de mon mal , il l’a fait cesser : j’espère qu’il sera aussi bon pour vous. Garde-toi , répondit le fou , de sortir de cette maison , si tu veux épargner à Séville l’affreux châtiment que je lui prépare. Tu sais

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