‹ Don Quichotte de la Manche (volume 2)Chapitre 9 sur 127 · PARTIE II, CHAP. I. i · texte numérisé non relu

PARTIE II, CHAP. I. i

suis si persuadé de l’existence des chevaliers , qu’il me semble les avoir vus. Je suis sûr , par exemple , qu’Amadis était d’une haute taille , beau , bien fait , d’une physionomie ouverte , la barbe un peu noire , mais le teint fort blanc , les yeux doux et animés. Renaud ne lui ressemblait point; il avait le visage large , des couleurs très vives , le regard audacieux et malin. Pour Roland , c’était tout autre chose ; ses épaules fortes , son teint basané , son air menaçant, n’annonçaient pas la politesse et la bonté de ce héros si malheureux en amour. Je vous peindrais de meme les autres ; et si an me les montrait, je les reconnaîtrais tous. Le géant Morgante était-il bien grand ? demanda maître Nicolas. Quant aux géans , répondit don Quichotte, j’espère que vous ne doutez pas qu’il n'y en ait , puisque l’écriture sainte nous assure que Goliath avait sept coudées et demie de haut; ce qui fait une assez belle taille. De plus , vous savez qu’en Sicile on a trouvé des ossemens humains d’après lesquels il est démontré géométriquement que ceux à qui appartenaient ces os étaient plus grands que des tours. Malgré tout cela , s’il faut vous parler vrai , je n’ai jamais cru que Morgante fût aussi énorme qu’on le dit ; et voici mes motifs que vous trouverez justes : ses histo-

î6 DOW QUICHOTTE,

riens nous racontent qu’il couchait souvent dans les châteaux, dans les maisons où il se trouvait ; puisqu’il pouvait tenir dans les appartenons , il n était donc pas d une grandeur démesurée.

Cette conversation , qui divertissait le curé , fut tout à coup interrompue par des cris qu on entendit à la porte.

Page 1