PARTIE I, CHÀP. vï
volumes bien reliés , et beaucoup d’autres plus petits. La gouvernante sortit , et revint tenant à la main une tasse pleine d’eau bénite : Monsieur le licencié , dit-elle , commencez , croyezmoi , par bénir la chambre , de peur que quelqu’un des enchanteurs dont tous ces livres sont pleins ne nous ensorcèle, pour se venger de Ge que nous allons faire. Le curé , riant de sa bonne foi , pria maître Nicolas de lui donner les volumes un à un , afin de voir si , dans le nombre , il n’y en avait point qu’on pût épargner. Non , non , s’écriait la nièce ; point de grâce pour aucun. Tous ont fait du mal à mon oncle , il faut tous les jeter par la fenêtre , les ramasser en tas dans la cour , et mettre le feu par-dessous. Lagouvernante était de cet avis ; mais le curé n’y consentit point , et voulut au moins visiter les titres.
Le premier que maître Nicolas lui remit, fut le volumineux Amadis de Gaule. Ceci semble fait exprès , dit le curé ; on m’a toujours assuré qu 'Amadis avait été le premier livre de chevalerie qu’on ait vu paraître en Espagne. Je suis d’avis de le condamner, sans examen , comme chef d une aussi mauvaise secte. Non , répondit le barbier, c’est, je vous assure, le moins ennuyeux de tous, et je demande grâce pour lui. A la bonne heure , reprit le curé , ne soyons