‹ Don Quichotte de la Manche (volume 3)Chapitre 31 sur 114 · ÀB TIE I, CHAP. VI · texte numérisé non relu

ÀB TIE I, CHAP. VI

ami. Cependant je ne puis me résoudre à brûler la Diane de Montémayor ; et si l’auteur voulait bien en retrancher la magie et les grands vers, je lui laisserais l’honneur d’être le premier ouvrage de ce genre. Quant à ses continuateurs , livrez -les à madame la gouvernante , en conservant le seul Gil-Polo. Voici, lui dit le barbier, un roman intitulé : Les dix livres de Fortune et d’ Amour, par Antoine de Lofrase , poète sarde. Ah ! par les ordres que j’ai reçus , reprit le curé , je ne connais pas de livre plus amusant. Donnez-le moi , mon compère ; je vous jure que j’aurais vendu ma soutane pour l’acheter. — Et le Pasteur d Hibérie , les Nymphes de l’Hénarès , le' Remède de la J alousie ? — A madame la gouvernante ; et finissons , car il est tard. — Voilà te Chansonnier de Maldonado , et le Trésor des poésies diverses. — Plus ces trésors-là sont grands , et moins ils ont de valeur. Gardez - le , si vous voulez , pour le diminuer beaucoup. — Et la Galatée de Michel de Cervantes ? qu’en ferezvous ? — Doucement , mon cher compère ! ne badinons pas, s’il vous plaît. L’auteur est mon intime ami ; de plus il est bien malheureux. Son ouvrage n’est pas sans mérite ; il est vrai qu’il commence beaucoup d’histoires et qu’il n en finit aucune. Il faut attendre , pour le

juger , la seconde partie qu’il a promise. J’espère qu’il se rendra digne de la miséricorde dont j’use envers lui. Mettez-le de côté , maître Nicolas ; j’ai mes raisons. — Nous avons ici l’ Araucana de don Alonzo de Ercilta , avec l’ Austriade de Juan Rufo , et le Monserrat de Christophe de Viruès. — Ces trois ouvrages , dit le curé , sont ce que l’Espagne a de mieux en vers héroïques. Ce sont les seuls que nous puissions opposer aux poèmes des Italiens. Gardez-vous bien de les livrer à madame la gouvernante. Pour tout ce qui reste, je le lui abandonne , car je commence à être fatigué.

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