partie r, chAp. y lu. 7I
Monsieur, répondit Sancho , regardez-y bien , je vous prie ; que le diable ne vous tente pas. Ceci serait plus sérieux que l’histoire des moulins à yent. J’ai beau regarder, je ne vois que deux moines, et une dame qui voyage. Je t’ai déjà dit , reprit don Quichotte , que tu ne t’entends point du tout en aventures ; et je vais te prouver tout à l’heure que ce que je soupçonne est vrai.
A ces mots , il pousse Rossinante , arrive auprès des bénédictins : Satellites du diable , leur crie-t-il, rendez sur-le-champ la liberté à ces hautes princesses que vous avez enlevées , ou préparez-vous à recevoir le châtiment de votre audace. Les moines surpris arrêtent leurs mules. Seigneur chevalier, répond l’un d’eux, bien loin d’être ce que vous dites , nous sommes deux religieux de saint Benoît, qui voyageons pour nos affaires. Vous pouvez compter que nous ignorons si les personnes qui viennent dans ce carrosse sont des princesses enlevées On ne m’abuse point, in-
terrompt don Quichotte , avec de douces paroles : je vous connais trop , canaille maudite. Il court aussitôt la lance baissée contre un des pauvres religieux , qui n’eut que le temps de se jeter en bas de sa mule. Son compagnon , effrayé , pique la sienne le mieux qu’il
peut et s’échappe dans la campagne. Saneho , voyant le moine par terre , descend promptement de son âne , saisit le bénédictin , et commence à le dépouiller. Mais les deux valets arrivèrent, et demandèrent à Saneho pour quelle raison il déshabillait le père. Pardieu! répondit l’écuyer, je ne prends que ce qui m’appartient. Monseigneur don Quichotte a gagné la bataille ; il est clair que les dépouilles des vaincus sont à moi.. Les valets , qui n’entendaient pas bien les lois de la chevalerie , tombent sur Saneho , le jettent par terre , et ne lui laissent pas un poil de la barbe. Ensuite ils vont relever le moine , le remettent sur sa mule ; et celui-ci , tremblant de peur, se hâte de rejoindre son compagnon , qui , arrêté au milieu des champs , regardait ce qui se passait. Tous deux alors , sans se soucier d’attendre la fin de cette aventure, poursuivent bien vite leur route , en faisant des signes de croix.
Don Quichotte, pendant ce temps, s’était pressé de joindre le carrosse ; et s’approchant de la portière : Madame , dit-il , votre beauté peut aller où bon lui semble : ce bras vient de vous délivrer, et de punir vos ennemis. Vous désirez sans doute connaître le nom de votre libérateur ; apprenez donc que je suis don Quichotte de la Manche , chevalier errant, ei