‹ Don Quichotte de la MancheChapitre 117 sur 146 · PABTIB U, CHAP. XX.XI · texte numérisé non relu

PABTIB U, CHAP. XX.XI

ehe, les bras tendus, la t£te en bas, et tout auprès de lui son âiie, leul ami qui ne l'eût pas abandoBoé. Notre béros courut le délivrer. Sanch», mis à terre , ae s'occupa [dus que de pleurer rénwme dédiirure de son bel habit vert tout neuf.

Les chasseurs après avoir plaeé le sanglier sur un nulet li^ eourrireut de rameaux de myrte, et le portèrent ea ttiompiii^ jtisqu'à des tentes dressées au milieu de la forêt. Là se trouvelent des tables couvertes d'excellents mets : ou ne songea qu'à diner^ et Sanc ho s'a p prochaut de la duchesse lui montra, d'un air fort triste, son habit vert déchiré. ■ Madame, diMl, vous voyez ce que l'on gagne à vos belles chasses : si vous n'attaquiez que des lièvres ou bien de petits oiseaux je n'en serais pas pour mon babit vert. Quel diable de plaisir trouves-vous à venir chercher un aiùmal qui d'un seul coup de deut peut voua envoyer dans l'autre monde, toute duchesae que tous ^tes ? He savez- vous pas ia vieille r«maa« :

■ — CeFavilafut unroigoih. intenompit don Qui^oUe : il périt en effetdans les moutagoes, où il se plaissità s'égarer. — J'ai donc raison , reprit Sancho, de vouloir que les rois et les princes ne s'exposent pointa ces dangers-là. Voilà un beau mériteetune belle gloire d'aller tuM une pauvre béte qui ne songeait pas à vous '. — Saueho, répondit le duc, ne dites point de mal de la chasse; elle fiit toujours le délassement et des r<HS et des béros. Elle est un art comme la guerre , dont elle retrace l'image, dont elle a les ruses , les stratagèmes ; d'ailleurs, elle secoutume le eorps à supporter la fatigue ; rend plus agile, plus robuste, et préserve de beaucoup de vices, en éloignant de nous la mollesse. Quand vous s«ez gouverneur je vous conseille d'aller à la cbasse. — Pour cela, non , monseigneur : un bon gouverneur a la jambe cassée, et se tient à la maison. Ne serait-il pas beau , vraimeDl , que lorsqu'on vient lui demander justice on répondit que monsieur cliassef Monsieur ne doit pas vivre avec des sangliers quand des hommes ont a^ire à lui; c'est un plaisir de (aioéant, et non pas de gouverneur. Je ne dis pas que quelquefois je ne cherdie

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h me divertir ; certaîaement, pour me distraire, je me permettrai , les Ries et les dimanehes, de jouer uue petite partie à la boule, ou à la triomphe ; il n'y a rien it dire à cela, parce que je serai toujours prêt à quitter. Mais n'ayez pas peur que l'on me reproche de perdre mon temps et celui des autres. — Vous £tes sévère, SaDcho : nous verrons si vos actions répondront à vos maximes. — Mes actions y répondront, soyez-en sûr. Quand on avoue la dette i^est qu'on n volonté de payer : promettre et tenir c'est tout un pour moi; je ne crains pas d'avancer des gages; et l'on n'a qu'à me donner l'anguille Ton verra si je sais la serrer. >

Le dîner se passa dans ces entretiens ; ensuite on continua la chasse. La nuit venue, comme on était |»ét à s'en retourner au château , la forêt parut tout d'un coup éclairée d'un nombre infini de lumières ; on entendit dans le lointain des timbales , des trompettes , d'autres instruments gueniers. Ou s'arrête, on s* regarde , on se demande d'où peut venir ce bruit Le bruit augmente; les tambours, les'fifres, les clairons maures retentissent, se confondent, et semblent toujours s'approcher. Don Quichotte lui-même eét surpris, le duc inquiet, la duchesse troublée, Sancho tremblant. Tous gardaient un profond silence, lorsqu'au courrier, vCtu en démon , vint à passer en sonnant d'un effroyable cornet. » Courrier, lui demanda le duc, qui êtes-vous 7 qu'allez-vous chercher, et quelle est cette grande armée qui traverse la forêt. — Je suis le diable, répond le courrier, d'un accent terrible: je cours après don Quichotte de la Manche; elle bruit que vous entendez vient d'une troupe d'enchanteurs , qui conduisent sur un diar Dulcinée du Toboso . — Si vous étiez le diable, reprit le duc, vous auriez déjà reconnu le héros que vous cherchez, puisque le voilà devant vous. • Le diable se retourne alors : • Chevalier des Lions, dit-il, le grand Merlin m'envoie vers tm pour te commander de l'attendre ici. Tu l'y verras avec ta Dulcinée ; il doitt'indiquerlemoyende désenchanter cette illustre dame. J'ai dit , tu m'entends , obéis. • A ces mois il sonne du cor, s'échappe , et fuit dans le bois.

La surprise de tout le monde augmente , surtout celle de Sancho , qui ne douta plus qu'en effet Dulcinée ne fOt enchantée.

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X Seigneur,<leniaada leducà notre héros, aurez-vous le courage d'attendre ?— Oui, «ans doute, répondU-il, t'euféT dût-il ni'attaquer.— 'Vous êtes le maître, ajouta Sanclio ; pour inoî, je déclare que je m'en vais. Ces messieurs soat uo peu trop laids pour qu'on ait du plaisir à Us voir. •• En parlant ainsi, L'écuyer veut prendre le chemio du château; maisunépouvantaLlebruit, qui justement venait de ce coté , le force de rester à sa place. Ce bruit ressemblait à celui que font les roues d'un char mal Jointes, lorsque, suivant les pas des bœufs , elles crient â chaque tour. Au même instant, aun quatre coins de la forêt, on entendit des décharges de mousqueterie , comme si quatre combats se livraient à la fois. Les tambours, les cors, les trompettes , les timbales, les clairons et les cris des combattants, retentirent d'uuson plus fort, plus animé, plus aigu. Ces sons divers confondus ensemble, ces lumières dans t'obscurilé, ces coups redoublés de mousquets, et surtout le continuel gémissement de ces roues, pensèrent effrayer don Quidiotte lui-même : mais le héros soutint cette épreuve, tropfortepoursonécuyer.Saocho, demi-mort de peur, se laissa tomber presque saus connaissance sur les genoux de la duchesse. On courut chercher de l'eau, qu'on lui jeta sur le visage; bientôt il reprit Ses sens.

Ce fut pour voir arriver le char, dont on entendait gémir les roues : il étaittralné par quatre grands bceufs tout couvertsd'une étofîe noire. Ces bœu& portaient à chaque corne une longue torche allumée. Au milieu du char, sur un trâue , on remarquait trois vieillards , dont la barbe blanche passait la ceinture : ils étaient envirounés de démons si laids, si horribles , que Sancho ferma les yeux pour ne pas les voir. Le char s'arrêta devant don Quichotte ; un des trois vieillards se leva. • Reconnais-moi , lui dit-il, je suis le savant Lirgande. — Et moi le paissant Alquif , reprit le second vieillard. — fît moi l'enclianteur Arcalaûs, ajouta le troisièjne d'une voix meoa^nte : malheur, malheur aux cbevaliersdontje suis l'ennemi mortel ! » Le char reprît alors sa marche, disparut ; et l'on entendit une agréable musique de Hâtes et de hautbois. Ces doux sons ranimèrent Sancho , qui toujours prés de la duchesse, dont il tenait le jupon, lui dit à l'oreille : ■Madame, cette musique me fait espérer des visions uu peu moins

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efTroyables. — Je le souhiite, répondit la duchesse; mi serrez pas si fort , car l'on dirait que vous avez peur. >

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