‹ Don Quichotte de la MancheChapitre 12 sur 146 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Dans ce moment don Quichotte s'éveilla , en criant â pleine t^ : " A moi 1 àmoi! c'est ici qu'il faut montrer ce que peutvolie courage; les courtisans remportent le prix du tournoi. iToutle monde se pressa d'accourir; et la préctpitatioD avec laquelle on abandonna l'examen des livres fut cause sans doute que plusieurs à qni le curé aurait pardonné se trouvèrent enveloppés dans l'arrêt &tal. Don Qnicbotte était réveillé, debout, l'épée à la main , criant toujours de plus belle , et donnant de grands eonpsàdroïte etàgaucfae.On parvint à s'emparer de lut, aie remettre sur son lit. Notre héros, se tournant alors vers le curé : «Certes, dit-il, seigneur archevêque Turpiu, c'est uneassez grande bonté que tout ce que nous sommes ici des douze pairs abandonnions lâchement aux chevaliers de la cour le prix du tournai , qui depuis trois soleils ne s'est soutenu que par notre vaillance. — Que voulez-vous, mon cher voisin ? répondit le curé; il faut se soumettre : Dîen permettra peut-être que la di3nc« tourne; et ce qui se perd aujourd'hui peut se regagner demain. Ne pensons qu'A votre santé ; vous Êtes sûrement fort las , peutêtre même blessé. — Blessé? non, reprit don Quichotte ;àla vérité

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un peu nitmlu , parce qm ce bâtard de holand , fufieiu de e» que j'étais leseut qui lui disputais la victoire, m'a frappé longtemps a*Ec UD tronc de chSne. Uaii je consens à perdre. inoit uom de Renaud de Montauban si dès que je serai ^mut il ne me le paje bien cher, mal^ Mfl enchantements. Pour l'heure, je n'ai besoin qnede manger. > On lui servit à diner ; il se reudorrait aussitôt après.

La gouvernante profita de son sommeil pour brûler tous les volumes jetés dan s la cour. Lecuré et te barbier, voulant couper jusqu'à la racineda mal, firent murersur-le- champ la porteducabinet des livres , en recommandant à la nièce de dire à son oncle , quand il les cherclierait, qu'un enchanteur les avait enlevés- Eu effet, deux jours après, don Quichotte, parfaitement rétabli, n'eut rien de plus pressé que d'aller à sa bibliothèque. N'en retrouvant plus la porte , il la cherchait de tous ses yeux , allait ' et venait, tâlait, retâtait avec ses mains, et s'arrêtait toujours à l'eudroit où jadis était cette porte. Enfin, après un long silence , ildemanda à sa gouvernante de lui indiquer son cabinet délivres. "Quel cabinet? répond-elle: il n'y a plus ni livres nica- Innet, le diable a tout emporté. — Ce n'est pas le diable, interrompt la nièce; mais un enchanteur qui vint ici pendant votre absence , monté sur un grand dragon. Il entra dans la bibliothèque; j'Ignore ce qu'il y fit. Au bout de quelques instants il ressortit par le toit, laissant la maison pleine de fumée. Nous courâmes vite pour voir ce qu'il était venu faire, iuhu ne trouvâmes plus de cabinet. Je me rappelle seulement, et la gouvernante doit s'en souvenir aussi , que ce méchant vieillard nous dit , en s'ea allant, qu'il avait voulu se venger du maître de la maison, qu'il baissait mortellement; il ajouta qn'il s'appelait Mougnaton. — Ce n'est pas Mongnaton, répondit don Quichotte, c'est Frestou. Je le connais bien : c'est mon plus grand ennemi. Sa profonds snence lui a fait connaître qu'un dievalier qu'il protège serait un jour vaincu par moi. Depuis ce temps , son dépit le porte à me Jouertousles mauvais tours qu'il peut : cela ne l'avancera guère, il nechaniierapasle destin. — C'est bien sûr, mon oncle, reprit la nièce. Mais pourquoi vous méierde toutes ceaquerdlesîHeseriezvous pas plus heureux en restant paisible chez vous, plutât que

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-d'aller par le monde faire souTeat triste rencoatre? Tous connaissez le proverbe : Qui va chercher de la laioe revient quel- .qucAùsloodu. — AhlahlmanièGe, répliqua dun Quichotte, vous savez de belles sentences. Mais apprenez qu'avant de tondre un homme comme moi il y en aurait beaucoup de pelés. Retenez cela, Je vous prie. • Le ton dout il ditces paroles termioala conversa tioo.

Don Quichotte parut tranquille pendant les quinze jours nd* vanta , et ne laissa point soupçonner qu'il s'occupât d'une nouvelle campagne. Seulement , dans les fréquents entretiens qu'il avaitavecle curé et le barbier il insistait toujours sur l'utilité de la chevalerie errante et sur son projet de la faire revivre. Le curédJsputait quelquefois; le plus souvent il cédait, afin de ue pas se brouiller. Il ignorait que pendant ce temps dou Quichotte sollicitait en secret de le suivre , en qualité d'écuyer, un laboureur deses voisins, homme de bien si le [lauvre peut se nommer aiusi , mais dont la tête n'avait pas beaucoup de cervelle. Parmi beaucoup de promesses que notre héros fit à ce bon homme, il lui répétait toajoais que dians oe beau métier d'écuyer errant rien n'était plus ordinaire que de gagntr en un lourde mainte gouvernement d'une tie. Le crédule laboureur, qui s'appelait Sancbo Pança, fut surtout srduit par cette espérance, et résolut de quitter et ses enfants et sa femme pour courir après ce gouvernement. Don Quichotte, silr d'un pcuyer, s'occupa de ramasser un peu d'argent, vendit une pièce de terre, eugagea l'autre, perdit snrtoutes, et parvint à se faire une somme assez raisonnable. Il emprunia d'un de ses amis une rondache meilleure que la sienne, raccommoda de nouveau son ciisque, se pourvut de chemises, suivant lecunsdl de l'aubergiste, et convint avec Sancbo du jour et de I heure où ils partiraient. Il lui recommauda surtout de se munir d'un bissae. Sancho promit de ne pas l'oidjlier, et ajouta que , n'étant pas accoutumé h faire beaucoup de chemin à pied , il avait envie d'emmener son âne, qui était une excellente liéte. Le nom d'âne fit quelque peine a don Quichotte ; il utt se rappelait point qu'aucun écuyer célèbre eût suivi son maître de celte mauière. Mais , faisant réHexion qu'il donnerait à Sancho le cheval du

se DON QUICHOTTI.

premier chevalier vaiocu, il ne tU point d'iDconTÉDient à le laisser venir snr son Ane.

Tous leurs arrangements faits , nae belle mût don Qaichotte et Sun écuyer. sans prendre congé de personne, partirent et marchèrent si bion, qu'au point du jour ils ne craignaient plus de pouvoir Être rattrapés. Le bon Sancho, sur son Jtne, entre son bissac et sa grosse gourde, allaitcomme un patriarche, impatient déjà de voir arriver cette Ile dont il devait être gouverneur. Don Quichotte , rempli d'espoir , l'air fler et la tJte haute, s'avançait sur le maigre Rossinante, dans cette même plaine de Montiel, ou les rayons du soleil , l'atteignant seulement de côté, ne l'iacommodaient pas autant qu'i sa première sortie. Sancho, pressé de parler, commença la conversation.

1 Monsieur mon maître, <lit-il, je supplie votre chevalerie errante de ne pas perdre de vue cette Ile qu'elle m'a promise. Je puis vous répondre que celle-là, quelque grande qu'elle soit, ne sera point mal gouvernée. — Ami Sancho, répondit don Quichotte , de tout temps les chevaliers ont eu pour coutume de donnera leurs écuyers les lies ou les royaumes dont leur valeur les rend maîtres : tu sens bien que je ne voudrais pas déroger à ce noble usaftfi. Je ferai mieux : la plupart des chevaliers dont je te parle attendaient que leurs écuyers liissent vieux pour récompenser leurs services , en leur donnant soit un comté , soit un marquisat, qui n'était souvent qu'une méchante province: mais moi , si Dieu nous laisse vivre , je pourrais bien, avant six jours conquérir un ai grand empire , qu'un des royaumes qui en dépendront sera justement ton affaire. Ne regarde pas cet événement comme difBcila ou extraordinaire; dans le métier que nous bisons rien n'est plus simple et plus commun. — Cela étant , reprit Sancho , une fois que je serais roi , Jeanne Guttières, ma femme, serait donc reine, et mes petits drôles infants? — Qui en doute? — Moi, j'en doute , parce que je connais ma femme , et je vous assure qu'il pleuvrait des couronnes, qu'aucune ne pourrait bien aller à sa téie. Je vous en préviens d'avance, elle ne vaut pas deux maravédis pour £ire reine : comtesse , je ne dis pas non; encore nous y aurions- dn mal. — Kei'cn inquiète pas, mon ami',Dien saura lui donner ce qu'il

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lai faut. Quant à tw, ne va pas être si ro9deste que de te cortenter à moins d'un bon gouvernement. — Oh ! que Totre seigneurie Goit tranquille; je m'en rapporterai lii-dessas ii tous seul. Un maître aussi puissant et aussi bon saura bien ce qui me convient^ »

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