CHAPITRE XXV
L MflNCnE IH[T\ LEBEAUTËHÉBnGUI.
Notre héros s'enfoBça dans le plus fort de la montagne. Saucho, qui le suivait en soupirant, mourait d'eurie de parler, mais n'osait commencer la conversation. EnDa , ne pouvant soutenir un si long silence : " Monsieur, dit'ïl, je vous demande en grâce de vouloir bien me donner votre bénëdiclion, et jne permettre do retourner chez moi ; là je pourrai du jnoins causer avec ma femme et mes enfants : j'aimerais autant être enterré TJf que de suivre votre seigneurie sans pouvoir dire un pauvre petit mot. Si du moins les b<!tes parlaient, comme autrefois , j'aurais l'espérance de rencontrer iâ quelque honnête loup avec qui je raisonnerais ; mais par ma foi I il est trop dur de chercher les aventures, d'être berné, d"étre assommé, sans pouvoir desserrer les dents.— Eh bien, répondit don Quichotte, je consens à lever ia défense que je t'ai faite , mais seulement pour le temps que nons serons dans ces montagnes.— A la bonne heure, moDsiemr ! sans cela j'allais étouffer,
• Ayez d'abord la bonté de m'apprendre quel si grand intérêt vous prenez h cette reine Marcassine (je ne dis peut-être pas bien son nom, mais c'est égal], et que vous importe que ce monsieur l'abbé tût son ami ou ne le fdt point. SI votre seigneurie avait passé cela , qui devait lui être fort égal , le fou aurait continué son histoire, et nous aurions évité le coup de pierre et les gonrmades. — Mon ami, si tu savais combien la leine Hadasime mérite de vénération , tu trouverais toi-même que j*ai feit preuve du patience en ne châtiant pas le blasphémateur qui osait ternir sa renommée. Il est bien vrai que maître Elisabeth était un homme d'une sagesse consommée , que la reine consultait souvent, et qu'elle avait pris pour son médecin ; mais d'îmeginer qu'il fût son amant est une calonuiie atroce, que Gardénia ne se serait pas permise s'il n'edt été dans son accès de folie. — Voilà justement la laisou qui devait vous empêcher de prendre garde à ce que disait un fou ; car enlln , si la grosse
ISS aas QUiCHOTTB.
pierre qu'il tous a jetée h la poitrine était arrivée pins haut et TOUS STait frappé la tête , où en seriez-Tous s'il vous plaît , avec cette belle madame, que Dieu confonde? — Un cheTalier errant est obligé de soutenir l'honneur des belles contre les fous et contre les sages, surtout lorsqu'il s'agit d'une grande reine comme Medasirae , pour laquelle je ne te cacbe poiid f ne j'eus toujours une affection partâeulièrs , fondée mr sa beaoé, sas Tertus et ses malheurs. La pauvre prinoesse ! hdas l je m'attendris quand je pense i loat <e qu'elle eut à souffrir, à tous lec chi^rins , à toutes les peines qtw le seol mettre ^iubetb soulageait par ses conseils- Et l'on niudrait en co&diire méchamment qu'il se passait entre eux quelque iD&«tte ! Nob , pardieu J je ne le soufrai pas ; j'en dosBe , j'en ^cnneni le phrs terrible démenti i tous ceux qui le diront et k peaserouL — Hensieur, ce n'est pas moi qui le dis on qui le pente. Otil roon dieu ! je laisse chaeun se loStr de ses affaires : s'ils couchjreiit ensemble , grand lùen leur taxât I je viens de mes vignes, et j'ignore tout. Qui se leut galeui se gratte. Celui qui adiète clier et dit que c'est bon mareiié ne te sent pas moins à sa bosrse. nn je sois né , nu je me trouve ; je ne gagse ai ne pcréi. Que diable cela me fait-ilP Souvent on parle de tard li où il n'p a point de ebevitles. De qui n'«-t-on pas médit? Qui pourrait fermer les champs? — Bonté divine I s'écria don Quichotte ; cfa .' à qnoi peut revenir cette enSlade de proverbes ? Je te pardonne TolonticTS de n'avoir pas l« sens coramoD; nuis tu devrais ase bonne fois te bien mrttre dans la ttte que tout ce que je fus et ferai se trouve toujours conforme aux règles de la chevalerie, que personne au monde ne connut mieux que mei. Toutes mes actions ont un bat : par exemple, dansct momoit, je ne m'enfonce dans ces déserts que pour exécuter un projet subiime , qnî seul doit m'aeqiiérir plus de gloire que n'en ont jamais idileM les dnvalien les plas renommés. — Dans ce projet-là, monsieur, cooRS-voui de grands dangers P — Cela dépendra de ta dOîgeoee , et du plus ou moins de tnmpe qae ta metttas à l'ambussde dont je prétends t'bonorer. Approcbe, tn vas toat avoir.
■ Tn n'ignores pas , mou ami, que le bmenx Amadis de Gaule fat peut-être le plus pariait des cbevdiers errants du
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mowle : f ai toct à* dira peut-An ; il bit le prâmler , l'onique , le prince de ceux qui ou cxtsté. Dans tous les arts , dans tous les emplois , on dioisit toujours ponr modèle celui qui s'est le fias illustré dans cet art ou dans cet émisai : c'est donc Amadîs qui doit être ie nord , Fétoile , le soleil de tont ce que nous ■smiBn de ecEDis généreux , combattant sous la banoière de la cberaloie fltde l'amoar. Une des ^us bdies adions d'Amadis, Mlle qni proon le mieux son courage et sa constance, ce fut qund il eut le iMlbeur de défdaira à la belle Oriane , de se retirer tmr la rocfae paurre , «à il vécut longtemps dans la pémtMtce MNU le nom a^nlllcttif dn 6eau Ténébreux. V m'est plus {Mlle d'imitar eette pénitence ds grand Am&dîs que de fendre «onmae loi des géants, de tnw des andriagms, de mettre en fuite in années : anssi Tsia-je profiter peur oda de rheureuse occa- Ron qni m'amène dans «tdteeit aussi commode qne ceini-ci.
■ — Je ne Tonseomprends pas bien, reprit Sand)o; qn'est-ce done que vous Toolez feire? — Imiter Amadis , et peut-être Roland, qui, en ap^eoant qu'Angélique loi avait fuit infidélité avec le Manre Médor , arracha les arbres , troubla les fontaines, tna les troupeaux, mit le fen anx maiions , et devint tout k fait fou; oeqmluifit beaueoupd'hoonenr. — Mais vous avez dit, ce m« semble, que ces deux messieurs avaient des raisons pour tûm ces belles choses-. Je ne vois pas que vous en ayei : soupçonnei-voos que madame Dulrinée se soit permis quelque gentillesse avec im Maure ou tra chrétien ? — Non; et voilà justement ea quoi j'aurai bien plus démérite. Qn'nnchevaRer devienne - fou pat ua motif raisonnable, on ne peat guère lui en savoir gré; mais qu'à propos de rien, sans le moindre strjet, la tête loi tourne tout d'un coup; tu sens , mon ami, combien c'est glorieux et agréable pour sa dame , qni juge par-là de ce qu'il Murait fain dans ime véritable occasion ; d'ailleurs, la seule ab- WDBedeDokiaéaeet on suffisant prétexte. Cen est fait, Sanebo, je suis fbu, om , mon cher en&nt , je veux être fou, et je ie aarai jmqu'i la réponse d'une lettre que tu vas porter de ma part à madame Duldnée. Si eette réponse est telle que mon amour la mérite , Je reprendrai ma raison pour mieux sentir ma COieMé ; si la enielle me dédiugne Je garderai mon défire pour
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diminuer ma douleur. Tu vois que daas tous les cas l'affiiire est excellente, et que je ne peux qu'y gagner. »
£nparlantainsi,doDQuichotlese troa?ait au pied d'une haute montagne, qui, séparée des autres, s'élevait seule dans unje prairie arrosée par un ruisseau. I.a fratcheurde l'eau courante, la beauté de la verdure émaillée de fleurs sauvages, quelques bouquets d'arbres plantés çà et là , engagèrent notre chevalier ùchoisircctagréableendroitpour y îairesa pénitence, n Le voici, s'écria-t-il en promenant des yeux attendris sur tous les objets qu'il apercevait, le voici l'asile solitaire où je veux soupirer mes amours ! voilà le ruisseau limpide dont mes larmes augmeuteroDt les flots! O vous, qui que vous soyez, rustiques dieux de ces montagnes, pardonnez à un malheureux de troubler par ses tristes plaintes la paix de vos belles retraites! 0 vous, dryades et uapées, ne vous lassez pas de m'entendrel et je ferai de tendres voeux pour que votre pudeur ne redoute rien des fau nés ou des satyres. 0 Dulcinée du Toboso , jour de mes nuits aimaut de mon cœur, étoile brillante de mes longs voyages. regarde l'état affreux où ton absence me réduit '. Et toi, mon fidèle écuyer, loi, le compagnon de ma gloire , n'oublie , n'oublie rien de ce que tu vas me voir faire , afin de le raconter à celle qui cause mes maux. •
Don Quichotte h ces paroles descend de cheval , ôte la bride et la selle à Rossinante ; et, le frappant de la main sur la croupe : n Reçois , dit-il, cette liberté dont ton mattre ne jouit pas : je ne retiens plus ton ardeur, coursier aussi doux que lerrible, tm qui portes écrit sur ton front que tu surpasses en légèreté et le renommé Frontin et l'hlppogripbe d'\stolpbe.
• — Si mon pauvre âne était encore à moi , interrompit alors Sancho, j'aurais, en lui ôtaot son bât, d'assez belles cboses h lui dire, quoique dans le fait il n'eût rien à voir à ceci , puisque celui qui fut son maître n'est pas amoureux , que je sache. Hais au surplus , seigneur chevalier de ia Triste Figure , si vous £tes ton tout de bon , et que vous vouliez que je parte , Rossinante pourrait fort bien suppléer au défaut de mon Sne : j'irais et reviendrais plus vite, car je suis un fort mauvais piéton. — Je ne m'y oppose poiatîrépoud don Quichotte; je désire seulement que tu
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ne te mettes eo route que dans trois jours , afin que tu puisses voir et raconter à Dulcinée toutes les folies que je sais tain quand je m'y mets. — Oh ! monsieur , j'en ai assez tu. — Tu n'y es pas, mon pauvre ami. Je vais d'abord déchirer mes vét^ roents. jeter çà et là mes armes, me précipiter la tâte la première sur les rochers , ensuite — Prenez-y garde; je vois
ici tel rocher qui finira sur-le-champ votre pénitence. Écoutez : s'il est absolument nécessaire que vous fassiez de pareilles culbutes , je serais d'avis que ce fdt dans l'eau , ou sur du sable ' doux comme coton, et rapportez-vous-en à moi pour dire ensuite à madame que c'était contre des rochers plus durs que du diamant.— Non, Sancho, les lois de !» chevalerie ne permettent point ces mensonges. — Oh bien I je me les permets; et croyez-moi, monsieur, imaginez que les trois jours sont passés ; écrivez promptement à madame, sans oublier la lettre de change des trois ânons que vous m'avez promis. Donnez-moi le tout; je cours ventre à terre au Toboso ; je parle à madame Dulcinée; je lui raconte des merveilles de votre pénitence ; je vous k rends plus souple qu'un gant ; et Je l'eviens , léger comme un oiseau, tirer votre seigneurie de son purgatoire. — Je n'ai point ici de papier; mais je vais écrire ma lettresur les tablettes deCardenio. Tu la feras transcrire au premier village par le maître d'école ou le sacristain. Peu importe qu'elle soit d'une autre main que la mienne : d'abord , autant qu'il m'en souvient, Dulcinée ne sait pas lire; ensuite je puis te répoudre qu'elle ne connaît pas mon écriture. Depuis douze ans qu'elle m'est plus chère que la lumière des cleux, je ne l'ai pas vue quatre fois , et j'ose assurer que de ces quatre fois elle ne s'est pas aperçue une seule que je l'aie regardée , tant est sévère la retenue dans laquelle l'ont élevée Laurent Corcbuelo, son père, et Ra mère, Aldonza Nogalès! — Comment 1 que dites-vous donc, monsieur? Quoil madame Dulcinée est Aldonza Laurenzo , la Dlle de Laurent Corcbuelo? — Oui , sans doute. — Oli ! je la connais , je la connais par^îtement. Diable ! c'est un lier briu de fille , qui vous jette une barre aussi bien que le plus fortgarçondu village. Vive Dieu! (fest une gaillarde qui a de la barbe , et qui pourrait faire le coup de poing avec tous les chevaliers errants de la terre. Je me
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souviens que COTtain joar elle monta au haut ia clodier pour appeler des onvriers de sod père qui traTsiltaient il demi-lieue de là ; ils entendirent sa voix romme s'ils avaient été à une toise. Jarnibleu! quels soufflets elle donne quand on vent joaer avee elle ! 0 me tarde déji d'Are en route ; je serai charmé de la tevoÏT. Je lu trouverai sdrcment un peu noire , car elle est toujours au soleil. Hais que j'étais donc imbédle 1 j'imtginaiH que cette madame Dulcinée était une grande princesse dont vous étiez amoureux , et qui méritait de voir à ses pieds ie Biscafen , les galériens , tous les autres que vous avei vaiocos. Pardi I monteur, s'ils y ont été, ils ont dû trouver Aldonza Lauremo teJllant du chaoTre ou battant du Ué ; oela doit leur avoir paru drôle, et je crois qu'elle en a bien ri.
• — Sancbo, reprit doDQuichotted'one voix calme mais sévère, je TOUS ai déjà dit une grande vérité, que vous perdes trop souvent de vue ; c'est que vous êtes ud sot eiceseivement liatMllard. Quand on se mêle , comme vous , de faire le raisonneur, on davrait savoir que deux choses seules m^itent 4e nous de l'amour, la sagesse et la beauté. Dulcinée les possède au plus haut degré. Qu'importent sa naissance et son rang? Je la respecte, jaift chéris autant que si die était la première priseesse du monde. D'ailleurs, pensez-vous que les Amariltis, les Silvîes, les Gala- ■ tées, que nos poètes se plaisent à cél^rer, existent telles qu'on nous les peint 7 Non, sans doute. Il est très-pennis à tiotre ima* ginatJon de se former uu modèle idéal , de l'embef lir de tous les attraits , de toutes les perfections réunies , soit pour le donner en exemple , soit pour nous exciter à aimer ce ipii est véritAlement aimaUe. Voilà ce qu'est pour moi Duldnée; njilâ ce que certains petits esprits auront peut-être de la peine àampreodre; mais on se passe de leur sufirage. — Vous avez nisoo , monsieur; et je conviens du fond de mon eceur qye près de vous je ue suis qu'un âne. Hélas , mon Dieu I en prononçant ce nom je ne puis m'empScher de soupirer , et de songer que j'ai perdu mon Adèle compagnon, que votre bonté daigna me promenra de remplacer par trois autres. >
Don Quichotte , sans lui répondro , s'éloigna de quelques pas, tira les tablettes de Csrdenio , et lit sa lettre pour Dulcinée.
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Lorsqu'il l'eut achefâe il «ppela son écoyer, ifln qu'il rapprit par cœur. ■ N'espéreE point cela , lui dit Saoeho , j'ai une trop niauvaiBe mémoire; maia liaez-moi toujours cette lettre pour «na seule satisfaction , parce que je auis silr qu'elle est bonne. — La vcHci , reprit don Quichatle :
<• Haute et souveraine dame ,
■ Celui qui languit loin de vous , celui dont le cœur, pfofon-
• dément blessé, souffre et chérit ses souffrances, vou:
• hsite , douce Dulcinée , le repos qu'il a perdu. Si rotre beauté •• me dédaigne , si votre fierté me rebute , je succomberai , mal
> gré ma constance, sous le poids de mes douleurs. Mon B- ■ dèle écuyer, Sancho , tous rendra compte, ennemie adorée - de l'atïreui état où je suis réduit. Mes tristes jours sont
« TOUS ; un mat peut les conserver, un mot aussi peut les finir. « Commandez , il me sera doux de satisfaire votre cruauté.
■ Le T^tre jusqu'à la mort ,
■ CbevBËer de la Triste Figure. ■
« — Par la vie de mon père ! s'écria Sancho, jea'ai jamais rien «ntendu de pareil. Mardi I monsieur, comme tous saTez dire tout ce que tous voulez, et comme vous avez bien encadré là-dedans votre Chevalier de la Triste Figure .- tous êtes un diable pour l'esprit. Ab çà, n'oubliez pas à présent d'écrire sur une autre feuille la lettre de change des trois ânons, et siguez-la d'une manière moins gentille , mais plus claire. >• Don Quichotte écrivit aussitôt :
■ Madame ma nièce, vous payerez comptant , par cette pre- « mière de change, à mon écuyer, Saucho Pança.Taleur reçue
> de lui , trois Soons de einq que j'ai laissés sous Totre garde; « lesquels tous seront alloués dans vos comptes, en me repréa seutaut la quittance dudit Sancbo.
" Fait au milieu des montagnes de la Sierrs-Moréna , ce 32 août de la présente année. ■
" C'est à merveilles, dit Sancho ; mettez là votre parafe, et je vais seller Rossinante. — .attends, attends , reprit don Quichotte;
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je désire qu'au moins tu me voies tout uu ; et je De te demande queqtielques minutes pour fairedevant toi une douzaine de folies dont tu pourras parler comme témoin. — Oh! non , monsieur, . je vous en prie , que je ne vous voie pas tout nu ! je serais sûr de me mettre à pleurer; et j'ai déjà tant pleuré mon fine, que mes pauvres yeux n'y pourraient suffire. Laissez-moi partir, j'eu serai plus tôt de retour, et je vous promets de vous rapporter une réponse favorable ; car si madame Dulcinée s'avisait de faire la revéche, jejureDieuquejelui apprendrais à vivre à bons coups de pied dans le ventre. Pardi oui! je soufl^rirais qu'un &meux chevalier errant prit la peine de devenir fou pour une.... Suffit, je conseille à madame Dulcinée de marcher droit. Je suis bon, mais il ne faut pas trop m'échauffer les oreiliesi je mets alors mon vin à douze , fût-il certain que je n'en vendrai pas.... Hais , a propos , de quoi vivrez- tous jusqu'à mou retour? — 14e t'eu inquiète point, Sanclio; l'herbe de ces prés, les fruits de ces arbres, sufliront à ma nourriture; j'espère même ne rien manger du tout, ce qui serait encore mieux. Je suis plus occupé de la crainte que tu ne puisses pas me retrouver dans ces déserts; et je te conseille, pour ne pas te perdre, de couper des branches de genêt , que tu sèmeras sur la route jusqu'à l'entrée des montagnes ; elles te guideront quand tu reviendras. »
Sancho approuva cet expédient, lise munit d'un faisceau de genêts , demanda la bénédiction de son maître ; et , montant sur Rossinante , dont notre chevalier lui recommanda de prendre les plus grands soins , il se mit sussitât en route. Mais il n'avait pas fait cent pas qu'il revint précipitamment : ■ Vous aviez raison, dit-il; je pense qu'il est nécessaire ^ue je voie quelquesunes de vos folies, pour les afOrmer par serment en sûreté de conscience.... » Don Quichotte, qui ne demandait pas mieux, se déshabilla dans l'instant, dta jusqu'à ses caleçons , De garda que sa chemise, et fit ensuite deux sauts en l'air avec deux culbutes la tête en bas. Sancho n'en voulut pas voir davantage ; il tourna bride en fermant les yeux , et reprit vite son chemin.
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