‹ Don Quichotte de la MancheChapitre 36 sur 146 · CHAPITRE XXVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVI

Le chevalier de la Triste Figure, demeuré seul et en chemise, interrompit ses culbutes pour monter sur le haut d'une roche. L£i il réllÉcliit mûremeatsurun point qui l'embarraiigait. n Ëxaminons bien , disait-it en lui-même, si je dois prendre le parti de me déclarer fou furieux, comme Roland, ou fou triste, comme Amadis. Ces deux modèles sont également beaux à suivre ; mais ce Roland , qui , dans le Eût , n'avait pas un si grand mérite à être vaillant, puisqu'il était invulnérable, devint tout à coup furieux, parce qu'Angélique, oubliant sa gloire. Tendit lejeuneMédor possesseur de ses attraits. Si j'imite Roland, j'offense Dulcinée , je donne un prétexte aux méchants de soupçonner sa pudeur : et le ciel sait combien elle est sévère! Amadis, qui valait su moins Roland, se retira sur la rocbe pauvre pour y pleurer pendant plusieurs années, uniquement parce qu'Oriane l'avait banni de sa présence. Il n'y a rien là qui ne soit honnête, décent, honorable pour tous les deux. Vive, rive le grand Amadis ! Revenez dans ma mémoire , actions sublimes et touchantes de ce phénix des chevaliers ; c'est lui que don Quichotte imitera. •

Il descendit alors du rocher, reprit une partie de ses vêtements; et, se rappelant que la prière occupait souvent Amadis, il se fit, avec des glands enfilés, une espèce de rosaire, qu'il disait avec dévotion. Le reste du temps il se promenait dans le pré, s'entretenait avec ses pensées, faisait des ïers, qu'il écrivait sur les hêtres ou sur le sable du ruisseau. La plupart de ces vers ont été perdus ; cependant on a recueilli les suivants :

Arhres touffus , qui dans les airs Ualaocez roulleuient vos verdoyants reiiillages. Prés émaitlésde Qeurs, silencieux ombrages,

Rocbers escar|)és et déserts , ,2

M DON QUICHOITI.

Pltigpei ma tiisle deslioée.

Soi* atlenlir, fidèle écho.

Et répète svec moi le Mm de DohMa Dnlobow.

HaghiiKB'apaUlMir; J'ai su dompter le monde et n'ai pas su lui plaire : ta mes expMts , ma briHaate carrière

m ttars , cbiimaBt tbsmis, r* «Tec moi le wm de DoloBée DuTobOÉO,

Don Qnchotte se enit obtrgéde mettre i la Sa de tontes ses stances cet atfmJrable refrain da Toboso, afin qu'il n'y eût point d'équivoque , et que l'on entendit bien que les T«rs étaient poar Duletnée.

Tandis qu'il eétëbrart ainsi sa dame , qu'il confiait sa doulen aux sylvatns, anx nymphes d«s bcns, et qu'il se nourrissait (Thetbes sawages, Saneho poursnivait son chemin. Si mafbaareosement ee Toyiqp amit été de trots semaines , somme il ne fut que de trois jours, le fidèle éeuyer risquait de ne pas retrouver son mattre en vie; mais vingt-çinatre heures après l'avoir quitté, Sartefao arriva pourdtner à la fatale hAtetlerie oà l'on s'était amusé à le faire sauter dans la couverture. Dès qult l'aperçât il lui prit un frisson; cependant, comme il avait faim, il s'arrêta mal^lui, regardant dedtté la porte, et ne sachant s'il devait entrer. A Tinstant m Jme il en sortit detnc hommes, dont l'un dit à l'antre : > Seigneur licencié, n'est-ce pmnt là Sancho Pança , celui que la gouvernante nous a dit avoir suivi notre aventurier? — Cest lui-même, répond reeclésîastîqne , et je reconnais le dieval de don Quichotte, »

Aussitôt le curé et le barbier, car c'étaient eux, s'approchèrent de notre voyageur. « AmiSaucbo, dit le curé, qu'avez-vous fait de votre maître?— Monsieur, répondit l'écuyer, quiles reconnut aussi, mon maître est dans un certain lieu, occupé de certaines choses fort importantes , et que , sur les yeux de ma télé, j'ai promis de ne point révéler. — Ob! s'écria le barbier, si mon-

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sieur Sa&cho &ît tant )e dÎMret , bobs serons persuadés ifu'il q volé le seigQMir den Qakbatte, et qa'il lui a pris jusqu'à son cbeval.que veilâ. — HcHisiear,mMiiiear, répliqua r«cu;«r,«e soyei pas si léger dau rat jugnaenis et dan ws propos : je n'at jamais vdépersanse, et je sonhaite que tout fetnaBcle en paisse direaotant. Hou aialtre , au fond de wmoDtagDes.aeoaiii' plit une péniteace ; et moi, eonine tan ambanedenr, je tw porter «ne lettre de lui ■ nadanM Dulcinée ds T<d)oso, fille de Laurent Corcbuelo, pour laqv^e il se oienrt ffamaaz. Hsttre Nieolas et le curé, surprà de eette aonmUe Mie, 4emaDdèreat à voir cette lettre. Sancho leur dit qu'elle était sur des tablettes, «t qoe aoa m^tre hn avait ordonoé de la faire tiaoscrire au premier vUlage. Le euié s'eAit pour la ailier. Sancho descendit alen de cberal, et tait la nain tu» aon sein pour m tirer tee tablMtes , qu'il n'avMt garde d'y trouver, puisqu'il les avùt ouUiées. Inquiet , trosUé , pâle de frayeur, Saocbo toane , retoume aas pocfaci , se tftte pv Mat ]e(sorps,«t,praiaBtni>wtesabHtw àdeuxiaaiBS, a'm vmcbe la jnoitié, se doaH cinq ou sis souRlots, et s'égratigae le visag». > Qu'aves-TOusdonc? l'écna le «are. — GeqnefM? lépaadit-il : ab, aulheurtiix qoe jeewel je Tiens defoidn en taa moMHit trois »f)erbes Snooi , dont efanean vaMt wm MMirie. — Comment] réidiqua k barbier, ces Addos étaieU dans «se p»cliesP^Saas doute, puisqu'ils étaientdaas «ne lettre de changesignée de non mattre, poctsct l'ordre à sa nècede.me domier trois JBOOS de quatre ou cinq qu'il a cbec bri; cette lettre de duH^Ce, avec l'épJUe pooi madame IMdnée, était dMS les tablâtes que j'ai pndaes. ■

Le curé oousia Sancbo , «t \m fromit qu'on retrourant doB Quichotte il lui ferait renootder la Mtn de cbanga. Le baa éeuyer, un peu rassuré, dit alors qu'il regiMalt fm l'éfKtrt i inadune Duldsée, perae qu'U la sanit pnsqne pnr cnnr. Le barbier le pria de la répéter, aSa ^lls pvssent la «ettre au net. Alors Saacfao , se grattant la (Ae, ae mit Mr nn fied , puis mr l'autre, i:BgaTda latente, leeiel, se na^ea la moitié d'un osgle, et finit par dire : > Le diable s'en «nélel oar fe nepem me rappeler que du eammeoceaient de la lettre, où il y araitAsoAef

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