CHAPITRE JiXIV
CONTINCÂTION DES ^RAKGES ÉTÉKEMQtTS ARRIVAS DAHS l'hOtELLERIG.
Tan<Us que-l'aubei^ste, inquist, conrait aux cria de don Quichotte, Haritome, réveillée, etreconnsiaeant la voix du héros, se bâta d'aller au grenier, et de défoire le sceud coulant. Hotre ehevalier, libre alors , tombe comme an sae en présence de l'anbespste et des voyageurs, se relève promptement, remonte sar Rossinante , prend duchamp, rerient au galop , et s'éoried'Dne
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voix terrible : • Quiconque dit que j'ai mérité reuchanteineutque je viens de subir en a menti par sa gorge : je le dâie à l'iDstant , avec la peciiiission de madame la princesse de Micomicon. "
Les voyageurs, étonnés, le regardaient sans rien dire. L'aubergiste leur expliqua œ que c'était que don Quicbotte. Alors, sans prendre garde a lui, les quatre cavaliers deniandèrent si l'on n'avait pas vu dans l'hâtellerte un jeune homme à peu près de quinzeans, vêtu en garçon muletier. L'aubergiste ne l'avait point remarqué; mais un des cavaliers, apercevant le carrosse de l'auditeur, s'écria t ° Il doit être ici, cette voiture me l'annonce. Allons, mes amis , qu'uu de nous reste à cette porte, que deux autres le cherchent dans l'auberge , tandis que j'en ferai le tour en dehors, de peur qu'il n'échappe par-dessus les murailles. • On obéit, et le bruit qu'ils Grent, le jour qui devînt plus grand, réveillèrent bientSt tout le monde.
Don Quichotte frémissait de coBrroux de voir qu'aucun des cavaliers ne voulait se fScher contre lui. Sans son respect religieux pour le serment qu'il avait &it à la princesse, il les eût attaqués sur l'heure; mais , esclave de sa parole et des lois de la chevalerie , il mordait son frein en silence. Pendant ce temps les deux cavaliers occupés de la recfaercliedujeunemutetier le trouvèrent dans l'écurie, dormant paisiblement auprès d'un valet, lis le saisirent aussitôt : >< En vérité, lui dirent-ils, vous voilà, se)gneurdoDLouis,dans un équipage bien digne de votreillustre naissance , et l'appartement où vous reposez répond à la délicatesseaveclaquelleonyouséleval'Lejeunehomme, 3 peine éveillé. fixa ses yeux a demi ferjnés sur ceux qui lui parlaient ainsi, qu'il reconnut pour des domestiques de son père. Il les regardait sans répondre. « Allons, coatinaërent-lls , pré parez- vous , s'il vous platt , à revenir avec nous , à moins que vous n'ayez résolu de faire mourir votre père de la douleur dene plus vous voir. — Comment a-t-il su , reprit don Louis, que j'avais pris ce chemin? — Par un étudiant de vos amis , à qui vous aviez confié une si belle entreprise , et qui n'a pu résister aux larmes de votre père. Sur-le-champ nous sommes partis à cheval pour tâcher de vous rattraper, et de vous ramener à notre bon maître. Cest ce gne nous allons faire tout à l'heure. — Oui, si cela me plaît, s'en-
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Uoà. — Mais nous comptons fort que cela voas plaira. — Je vous conseille de n'y jias compter. >
Vu valet, auprès duquel se tenait cette conversation , courut raconter à Fernand ce qui se passait à l'écurie , et lui dire que ces voyageurs appelaient don le Jeune muletier, qui refusait de les suivre à la maison de son père. Cardenio , ne doutant point que ce oe fût ie m£me qui avait chanté , voulut aller à sou secours avec Feiiiand. Dorothée , qui sortait de sa chambre , se bflta de dire à Cardenio tout ce qu'elle avait appris de Claire ; et Claire, arrivant bientôt après, pensa s'évanouir de frayeur, lorsqu'on l'instruisit de l'arrivée des cavaliers venus pour prendre le jeune homme. Toute l'hâtelleiie fut troublée. Don Louis, environné des quatre domestiques de son père, leur décbtait qu'il ne voulait pas retourner avec eux. Les autres le tenaient par le bras et Je menat^ient d'employer la force. Fernand et Cardenio prenaient le parti de d(»i Louis. Le bruit devenant plus fort, Taudiieur, le curé, le barbier, don Quichotte luimême , accoururent. L'auditeur, qui ne savait rien, voulut interposer son autorité ; mais , en regardant le jeune homme , il le reconnut pour le fils'de son voisin de Bladrid. Il s'avance alors et va l'embrasser, en lui disant: 'Qu'est-ce ci, seigneur .'quel enfantillage ou quelle grande affaire vous engage a vous déguiser d'une manière aussi peu digne de vous ? > Don Louis ne répondit pas, baissa les yeux ; et quelques pleurs vinrent border ses paupières. L'auditeur, ému de ses larmes , pria les quatre domestiques de te laisser; et, te prenant par la main, il l'emmena dans un coin de l'écurie pour lui demander avec amitié de lui confier ses chagrins.
Tandis qu'ils causaient , on entendit de grands cris à la porte de l'auberge. Deux hommes qui venaientd'y passer la nuit voulaient profiter du tumulte pour s'en aller sans payer : l'hôte les avaitarrêtés, et leur disait dételles injures, que les deux fripons ne tardèrent pas à lui répondre par des coups. L'hôtesse et sa fille, voyaDtquelepauvreaubergisteétaitle moins fort, vinrent, en courant et criant, prier donQuichotte de le secourir.* Hélas! répondit notre héros, ce serait de grand cœur, mesdames; mais j'ai promis , j'ai juré à madame la princesse de n'entreprendre aucune aventure avaut de l'avoir replacée sur le trône de ses
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aïeux. AJlez dire aa fieigneor châtelain de eoatinaer aa bataille , de s'y soutenir de son mieux , juiqu'à ce que j'aie obtenu de ta princesse MieouuJnwa la permiasion de combaUre pour Ini ; alors vous pouvez être sArei qu'il aéra pronaptement vainqueur. — £h! jour de Dieu! s'éciia Uaritome, il seramort avant tout cela. — MortlrepritidonQuichotteduinéaiesaiig-lroid; croyez que quand mérae il serait mort , je saurais le tirer d'affaire , ou du moins le veiner de manière que vons n'auriez pas à le regretter. ■ En disant ces mots , il alla se mettre à gmoux devant Dorothée, et, dans un discours noble et long , lui demande de vouloir permettre ^'il secourût le seigiKiu da cliâtaau , dont la vie était en péril. La. princesse y coDsentili. AassitAt, ambrassant son écu , l'épée aa poing, il s'élance vem la porte de-l'hôtBllerie, ou l'aubergiste, baôu depuis longtemps, n'e» fermait pas moins le passage à ceiULqui continuaient à le frapper. Don Quichotte, en arrivant, lève le bras, ets'arréte. ■ Qu'a ve^-vous donc, luiditL'bdtesBe? — Jeréflécfais,i^pondit-U, qu'il m'estdéfendu de tirer l'épée contre ces gena-ei , parce qu'ils ne sont pas armés chevaliers. Appelez mon écuyer: c'est lui que l'affaire rcf^rde. • A ce discours, l'hâtessa , sa fille , et Maritome , pensèrent se jeter sur notre héros ; mais leurs reproches , leurs injures, n'émurent poipt don Quichotte, qui n'en demeura pas moins tranquille spectateur des «oups dont l'aubei^sta était accablé.
Don Louis , pendant ce temps , écoatait , la téta beissét, les questions de l'auditeur sur a>n départ de chez stHi père , sur son étrange dégiûsement ■ Monsieur, lui réftoodit-il en saisissant vivement sa main qu'ilserrait^aveo tendresse, je ne veux rien vous cacher ; votre bonté ne s'offensera point d'une confiance qu'elle inspire. Apprenez tous mes secrets. J'ai vu votre aimable fille : je l'adore depuis cet instant ; je ne peux aimer qu'elle au monde ; 9i je n'obtiens sa main. C'est pour la suivre, Dujours, que j'ai quioéla maison de mon père, que j'ai pris ce déguiseioent. Elle l'ignore, raonsieui; jamais elle ne m'a parlé : nous nous sommes regardés de loin , c'est la .seule témérité que notre amour se soit permise ; pardonoez-la- ■noi , Je vous prie. Vous eonnaissez mes parents , ma naissance , aa fortune; si je ne vous parais pas indi(;ne du nom chéri de
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votre file , daignez m'honorer de ce nom : moa respeet , ma re- GoMMÙsaoce, s'eSoroerontde lemériter; et si mon péve est votre ami, vous n'avez que ce seul nK^vndelnicoiuerKrUaiiiiiqiM'
A ces mots le jeune Lanis SB jeReani pieds 4e l'auditeur, qai, surpris autant qae louobéde son xveu, de son amaar,:*el)âte de le relever, de l' embrasser a*ee tendreBse, et k prie de Itd laisser quelques instants de iMesitm. 11 rement cependant parier sus domra^ues , les engage de nonveaa à laisser libre leur jeun» maître, et prend tout sur lui auprès de s«a père. Don Louis, tranaporté de joie, baisait les mains de l'auditeur, suivait tous ses pas en tenant sa simarte, et déclarait hautement ^'il ne le quitterait plus.
La pai)^ était rétablie : les diseouTS de don Quichotte avaient fini par faire payer ceux qui frappaient l'aubergiste; le calme al* lait régnw dans le château, lorsque le diable, peu satisfait de voir tant de querelles ^lùsées, amena justement dans l'auberge ie pauvre barbier à qsi don Quichotte avait pris jadis Tarmet de MambrJQ , et Sancho le bât de son âne. A peine entré dans l'écurie , ce barbin' reconnut son bât , que notre écuyer arrangeait. > Ab! ah! cria-t-il, don larron, je vous retrouve à la fin : etvoffi«lifz,panliea!iDerendremonbSt et monplatàbarbe. » Sascho, piqué de ses injures, le regarde de tiavers: et, V05vut qu'il portait la main sur son bât , il lui applique au milieu du virage un soofAâ à poing formé , qui l'envoie tomber quatre pas plus loin. Le l)ari)ier se relève en criant, et retourne au bât, qu'il saisit. Sancbocrie encore plus fort, et veut lui faire lâcher prise. Tout le monde accourt vers les combattants. •< Justice! justice! disait le barbier; ce voleur, non content de retenir mon bien, veut encore m'assassiner. — Tu mens par ta gorge, répondait Sancho, je ne suis point un voleur; et monseigneur don Quichotte a gagné ces dépouilles de bonne guerre. " Chacune de ces paroles était précédée et suivie de coups de poingbieu assénés. Don Quiebotte, témoin de tout, ne se possédait pas de joie de voff eod IxRi écnyer frapper si souvent et si fort : dès ce moment il le regarda comme on faonrme décourage, etràohit dans son otesr d'en fiiiie qndqne jour an chevalier errant.
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• Messieurs, s'écriait le barbier an milieu de la grêle de coups qui lui tombait sur la t^.cebStm'appartieat, j'en prends à témoin toAs les saints du paradis ; il est à moi ; je le reconnais : mon Sue est là pour me démentir. Qu'on le lui essaie, messieurs; s'ilnelui va pas comme un basde soie, je consens â passer pour un infime : le même jour qu'on me l'a pds, on me vola de plus un bassin de cuivre tout neuf, qnim'avait coûté ud écu. ■ Ici don Quichotte ne put s'empêcher de se mêler de la querelle : il sépare les combattants , saisit le bSt , qu'il met à terre en préscQcede tout le monde, demande la parole, et dit:
a Je Tenx vous faire juges, messieurs, de l'étrange erreur où est ce pauvre liomme, en appelant un bassin à barbe le véritable armel de Mambrin , que je lui pris en combat singulier. Quanta ce prélendubât, tout ce que je puis vousdire , c'est que monéaiyer,aprèsma victoire, me demanda lapermissiondechanger le harnais de son cheval contre celui du coursier du vaincu : je le permis. Expliquer ensuite comment ce bamais est devenu presque semLlableàun bat, c'est ce quejenepeuïfairequ'cn vous rappelant que dans la chevalerie ces métamorphoses arrivent tous les jours. Au surpins , je veui vous montrer ce précieui armet de Mambrin. Va , mon fils Sancho 4 va me le chercher,
. — Monsieur , répondit Sancho a voix basse , vous employer là de mauvaises preuves; j'ai peur quel'armetneleur paraisse un plat à barbe, comme le bamais un bât. — Fais ce que je dis, reprit don Quichotte; il n'est pas possible à la Sa que tout se fasse ici par enchantement. » Sancho s'en alla sans rien ajouter, et revint bientôt en portant l'armel.