‹ Don Quichotte de la MancheChapitre 75 sur 146 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

« Puisqu'il faut vous conter, dit-il, comment on me vola mon âne, vous saurez qu'après l'aventure des galériens nous arrivâmes la nuit dans la Sierra-Morena , au milieu d'un petit bois , où nous résolllmes d'attendre le jour sans descendre de nos montures. Nous étions un peu fatigués de nos batailles; mon maître s'endormit, appuyé sur sa lance; j'en fis autant sur mon pauvre âne. Ce coquin de Ginès de Passamont, que nous avions délivré des galères , passa par là pendant mon sommeil : le drdie coupa quatre pieux égaux, sur lesquels il éleva doucement le bat qui me servait de Ht. Quand il m'eut ainsi suspendu en l'air, il tira par>dessous mon âne. Je ne m'éveillai que le malin ; et comme j'étendais les bras, un des pieux venant à manquer, je tombai par terre , cherchant des yeux et des mains mon fidèle et bon camarade. Quand je m'aperçus qu'on me l'avait pris , je le pleurai tendrement. Si votre auteur ue l'a pas dit , il a tort. Heureusement , quelques jours après Je

retrouvai levotear, et je reotrai en possessioa de ce quepa'iiio . le naimx au nioade.

. — Ceat fort bien, répondit Carrasco; mais qn'avez-Tooabltdes cent éeiu d'or P — Ce que j'en ai faitP Pardieu! j'i^n ai acheté des cotillons à ma femme et des souliers a mes enfants. Sans cda Traiineût Tliérèse m'aurait jolifnent reçu ■ pensez-vous qu'elle m'eût pardonné mon escapade si le ménage n'eu avait tiré ua peu de profit? Soyons justes , monsieur le bachelier : quand vous ne mettriez qu'à trois inaravédis pièce chaquecoup de bâton que j'ai reçu à la suite du seigneur don Quichotte , les cent étnis ne suffiraient pas pour la quittance. Ainsi, point de chicaoe, s'il vous plaît, sur l'emploi des cent écus : ils sont bien gagnés, je vous en répoods. Vous êtes satisfait à présent sur les deux points qui vous embarrassaient ; si l'on a autre diose à me demander, me Toiei prSt à répondre à tout questionneur, au roi lui-même en personne .

a — J'aurai saiu, dit Carrasco, de faire parvenir à l'auteur les explications quevous me donnez, etjene doute poiat qu'il ne les mette dans sa seconde partie. — Onpromet donc, reprit doo Quichatte,Dnesecondepïrtie ? — Seigneur, réponditlebaclielier, quoique vous sachiez aussi bien que moi que les secondes parties valeotrarement les premières, le publicla demande : l'auteur s'en occupe ; mais il cherche des matériaux qu'il n'espère guère trouver. — Je gage , interrompit l'écuyer, que cet imbécile de Maure s'ima^ne que nous allons rester ici les bras croisés. Ahl vraiment, il nous connaît bien! Avant peu , s'il plaît au Seigneur, nous lui donnerons de l'occupation; et si mon maître suivait mes avis déjà nous serions eu campagne. •

Comme Sancho pronon^it ces paroles, Rossinaote hennit dans son écurie. Don Quichotte en tressaillit; et, ne doutant point que ce hennissement ne fût un heureux présage, il résolut de partir avant trois jours. Le malin bachelier, qu'il instruisit de son dessein , l'approuva fort , lui consçilb de s'en aller à Saragosse, où devaient se célébrer des joutes pour lafétede Saint- George. • Là , Jui dit-il , votre courage triomphera sdrement de tous les chevaliers aragonais, qui sont, comme vous le savez, les meilleurs cJievaliers de la terre : la seule grâce «jue je vous

Page 1