‹ Don Quichotte de la MancheChapitre 76 sur 146 · PABTIB II, CHAP. IV · texte numérisé non relu

PABTIB II, CHAP. IV

demande , c'est de ne pas fODS exposer autant que vous avez coutume de le faire. SoDguque votre vie n'est pointa vous, qu'elle appartient aux malheureux , aux opprimés , dont vous êtes l'appui : modérez votre valeur trop bouillante; je vous en conjure, seigneur don Quichotte , au nom de rhumanilé.

- — Ce que vous dites là est eKcël lent, ajouta Sancho : mon maître n'est point raisonnable sur cet article; il vous attaque cent hommes annés, comme moi j'nttaqueraisà table une de mi- douzaine de poulardes. Mort de ma vie ! il faut de la prudence , et regarder où l'ou met le pied ; ce n'est pas le tout de savoirivancer, il fout encore savoir reculer quelquefois. Par exemple , moi qui TOUS parie, j'entendsà merveille cette seconde partie de l'art de la lierre : aussi, dans Ij campagne quenons allons faire, je mets )a eonditton expresse qu'aucune bataille ne mer^ardera jamais. J'aurai grand soin de mon maître, de l'habiller, de le peigner, de préparer \es provisions , de lui donner de bons conseils; maisdès qu'il s'agira de comiiats, tout est fini, je n'y suis pour rien : chacun son affaire , voyra-vous , et tout ira par merveille. Ensuite, quand monseigneur don Quichotte voudra me récompenser de mes nomlireux et bons services , il pourra me donner, sinon une ile , puisqu'il parait que c'est une denrée assez rare, ati moins un petit gouvernement , ou rien du tout, si cela l'arrange nùenx ; car je n'ai pas grande a rnbition : j'ai fort bioi vécu Sancfao , je mourrai fort bien Sancho , et j'aurai peut- ' étrebeaueoopgagnéden'avoir pas été autre chose.

■ — Voua parlez comme un vrai sage , répondit te bachelier, et votre philosophie méfait penser que vous seriez très-propreà gouverner un royaume. — Oh 1 de ce côté-!à , reprit Sancho , il y a longtemps que je me suis tfllé le pouls; et, â vous dire le vrai, je crois qu'on serait content. Mais laissons le tout à la Providence et à la bonté de mon maître. ■

Don Quichotte lit un sourire d'approbation; ensnite il pria Carrasco de vouloir bien lui composer un petit acrostiche sur le nom de Dulcinée du Toboso pour prendre congé d'elle â son départ. Le bachelier lai représentaque, ceoom étant un peu loi^, MB madrigal serait plus facile et peut-ftre plus açréabte. Don Quichotte insista pour l'ocrostiche, et Carrasco promit de s'en 00-

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