‹ Don Quichotte de la MancheChapitre 81 sur 146 · PARTIE II, catr. vni. 3St · texte numérisé non relu

PARTIE II, catr. vni. 3St

princesse, qui nedoit pu £^ loÏD . Ah 1 qu'elle est belle , monsiear, et que son habit est riche! Elle et ses deux demoiselles reluisent d'or, de rubis, de diamauts, de chaînes de perles. Les yeux m'en . font encore mal ; leurs cheveux sont comme le soleil qui sejooe dans les vents; et toutes trois sont montées sur trois superbes cananéennes , les plus blanches qu'on puisse voir. — Tu veux (lire des baquenées. — Haquenée ou cananéenne, c'est à peu près la même chose ; et vous me chicanez toujours pour rien.

— Allons , mon fils , allons jouir de cette foveur ineffable ; je te donne, dès ce moment, la dépouille du premier combat où tv me verras vainqueur. — A la bonne heure ! Quand je la tiendrai je vous en remercierai. »

Nos héros marcliaient déjà. Don Quichotte regardant le chetnin n'y voit que les trois paysannes ; il se retourne vers Saocho : ' Ami, di^il d'un air inquiet , les as-lu laissées loin de la ville ?

— Comment , répondit l'écuyer, est-ce que vous êtes aveugle? — Jene vois encore que trois paysannes sur leurs ânes. — Ali Ipour )ecaup, en voici bien d'une autre IJe ne m'y attendais pas. Quoi! monsieur, ces trois princesses toutesd'Dr,ce8 trois baquenées blao- <?bes, vous paraissent trois paysannes sur leurs ânes 1 Je n'ai rien Il dire, vous êtes malade. — Mais sérieusement je le crains; car je le jure sur ma foi que j'ai beau les considérer, je les vois toujours eomme je l'aï dit. — Eh bien! croyez-moi ; ^rdez-en le secret : je ne TOUS trahirai pas; et venez toi^ours faire la révérence à la princesse. >

A ces mots il met pied à terre, s'avance vers celle des paysannes qui était aumilieu des deux autres, anéteson âne par le licou, tombe à deux genoux, et luidit : • 0 reine, duchesse de beauté, je supplie votre grandeur de vouloir bien recevoir dans sa grâce le chevalier de la Triste Figure, que vous voyez là tout pétriQé par votre magniUque présence. ■ Don Quichotte , à son exemple, s'était aussi mis k genoux, et contemplait attenli veulent celle que Sanebo appelait reine. De temps eu temps il frottait ses yeux , tout surpris de ne voir jamais qu'une grosse villageoise, courte, trapue etcamarde; il n'osait pas ouvrir la bouche. T.es trois paysannes, aussi étonnées , se regardèrent d'abord sans rien dire. EnBn celle que Sancho retenai t lui répond avec humeur : ■ Olez-

SM DOJI QUICHOTTE-

voQsde là; laissez-nous passer : nom afons autre chose à faire (jiie d'écouter vos bâtises. — Ali, princesKl répondit l'écuyer, eammeni n^ëtes-TOus pas touchée de voir deranlvous à genoux la colonne des chevaliers errants? — Veux-tu finir? reprit la priacetse, ou faut-il que Je l'appreune que je sais étriller les ânes? ' Mais voyez donc, maeommère, ces petits frelaquets qui veulent, je crois, se moquer denous! Ali! oui, parmafoil ilsoutbwute minel

■ — Sanebo , dit alors don Quidiotle, lèv»toi, mon fils , lèvetoi; Je vois trop jusqu'à quel excès va lafiireiir de mes ennemis : ils veulent ma mort; ils seront contents. 0 vous, unique souveraine de ce cœur brisé d'affiiction , vous , ionoeente victime des enchanteurs cruels, qui , pour me punir, ont osé cacher vos divins attraits sous la figure d'une vllligeoite, daignez au moins m 'honorer d'un regard! Peut-ftre, bêlas! quelque prestige vous empêche auBSide me reconnaître; peut-ËIre mon vis^e est iJiange pour vous ; mais mon &m« est toujours la ntéme! les enchanteurs ne peuvent rien sur l'amour pur. constant , éternel , dont ellebrûle pour vous, — Je t'en ponds, répliqua Dulcinée ; allons! hue! laisse-nous passer. <> Elle frappe alors des talons son âne, lui fait prendre le galop , et, dans les mouvements qu'elle se donne, le bat, mal sanglé , tourne sous le ventre. La princesse, les pieds en l'air, fait la culbute , tombe sur le pré. Don Quichotte vole à son secours, la relève en baissaaC les yeux. Sancho raccommode le bât; notre héros veut l'y replacer, mais la villageoise, d'un saut, s'y remet h caLifoureban, pique des deux, et s'enfuit légère comme un oiseau. > Diable! s'^riaSancho, quelle gaillarde I elle caracole mieux qu'un écuyer cordouau. ■ Ses demoiselles la suivaient du rnSme train : tùentôt elles disparaissent.

> Eh bien, Sancho, dit alors l'inlortuné don Quichotte, suis-Je assez persécuté par ces maudits euchaateunl Les perlidee , Doa contents de m'enlever le bonheur suprême devoir ma Dulcinée, de lui parier, ont poussé la barbarie Jusqu'à la changer, à la transformer en une laide paysanne ; car elle était laide, Sancho. —Point du tout, répondit l'écuyer ; moi, je ne l'u vue que trèsbelle. Vous jne rappelez cependant qu'elle avait ici sur la lèvre à droite une espèce de petit poireau , d'où il sortait comine

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une inoustaclie de couleur d'or. — Mm ami , suivant les règles de la correspondance, je t'apprends que ce m<ine signe doit se trouver sur sa cuisse droite. — Eh bien , monsieur, je ne doute point que cela ne soit fort joli; mais Je n'y ai pas regardé.»

Pendant cette conrersalion nos héros remontaient sur leurs bêles , et prenaient le chemin de Saragosse , où devaient se célébrer des joutes annuelles , qui attiraient l>eaucoup dVtrangen. Les grands événemenls que nous allons décrire empêchèrent don Quichotte de i'y trouver.

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